Quelques dates

  • 24 décembre 1856 : fondation du couvent, première messe au couvent dans une chapelle provisoire.
  • 14 octobre 1857 : vente du terrain par les Hospices civils
  • 1859 : début de la construction de l’église
  • 16 août 1863 : bénédiction de l’autel par le Cardinal de Bonald.
  • 1863-1888 : réalisation et pose des vitraux dessinés par le P. Danzas, et réalisés pour la moitié d’entre eux par des frères convers au couvent (découpe des verres, peinture, cuisson, montage au plomb).
  • 5 septembre 1870 : Commune de Lyon, expulsion des frères. L’église est transformée en entrepôt. Les frères reviendront après deux ans d’exil en Suisse.
  • 1879 : installation du chauffage par air pulsé dans l’église
  • 1880 : Loi sur les congrégations. Nouvelle expulsion des frères qui envisagent de vendre l’église à la paroisse des Brotteaux.
  • 1888 : Mort du P. Danzas
  • 1899 : Installation de l’éclairage électrique
  • 1903 : A la suite de la loi sur les associations (1901) : Troisième expulsion des religieux.
  • 1909 : Le diocèse installe une paroisse au S. Nom et la confie à un prêtre diocésain, jusqu’au retour d’exil des frères

Histoire de la construction

La restauration de la vie dominicaine à Lyon en 1856

Camille Rambaud (1822-1902)

Réduite à néant par la Révolution, la vie dominicaine s’est développée à nouveau à Lyon à partir de 1856, grâce au soutien apporté par Camille Rambaud, grande figure du catholicisme social lyonnais. L’église a été construite rapidement, puisqu’elle était inaugurée sept ans plus tard.

Camille Rambaud et Louis Potton, deux jeunes lyonnais, sont nés respectivement en 1822 et 1824, dans les milieux de la soie. Ils sont élèves ensemble au lycée, où ils sont en particulier marqués par l’enseignement d’un homme assez exceptionnel, l’abbé Noirot qui avait été également le professeur de philosophie de Frédéric Ozanam. Ils débutent leur vie professionnelle en travaillant ensemble dans le commerce de soierie de M. Potton père. En 1846, Camille Rambaud devient l’associé de M. Potton père, et l’entreprise devient la maison Potton-Rambaud.

Une amitié, à l’origine de la fondation

Jeanne Garnier

En descendant un jour ensemble de Fourvière, ils font la connaissance de Jeanne Garnier ; entourée déjà de quelques compagnes, elle se dévouait auprès des femmes pauvres atteintes de cancer. Elle sera la fondatrice de la congrégation des dames du Calvaire, religieuses qui sont à l’origine de la maison Jeanne Garnier, centre de soins palliatif important à Paris.

L’exemple de cette femme et de son dévouement contribue à faire réfléchir les jeunes gens sur leur engagement, chrétien et social. Alors que Louis entre au noviciat dominicain de Flavigny en 1850, l’exemple et l’amitié de Jeanne Garnier encourage Camille Rambaud dans sa volonté de se mettre au service des pauvres, en restant laïc. Il commence par louer un logement proche de Saint-Pothin, à l’angle Molière/Lafayette, où il réunit le dimanche matin des enfants des rues, qu’il conduit ensuite à la messe. Cette œuvre se développe peu à peu, ce qui n’est pas sans entraîner des réactions. Camille Rambaud loue alors aux hospices civils un terrain rue Bugeaud, au chevet de Saint-Pothin, et y construit une maison à ses frais.

En 1854, Camille Rambaud décide de tout quitter pour se mettre au service des enfants des rues. Il négocie avec difficulté son retrait de l’affaire dans laquelle il était associé avec M. Potton père. Camille Rambaud quitte alors la proximité de Saint-Pothin pour aller s’installer à la Guillotière, où il entreprend de construire un ensemble plus vaste pour accueillir ses enfants et y vivre avec eux, la Cité de l’enfant Jésus.

La cité de l’Enfant Jésus en 1910

Au loin, vers les Brotteaux, il aperçoit au delà du terrain vague qui les sépare l’immense Cité du Rhône, des logements ouvriers ; il rêve de construire pour desservir cette population délaissée une chapelle, à l’angle de la rue Bugeaud et de la rue Tête d’or. Mais les inondations du Rhône, le 6 mai 1856, le détournent temporairement de ce projet, car il se consacre avec son énergie coutumière à recueillir des sinistrés et à organiser des secours. C’est quelques mois plus tard, le 3 août 1856 que durant la messe lui vient l’idée de proposer aux dominicains un terrain à l’endroit où il avait imaginé sa chapelle, pour qu’ensuite ils y établissent un vrai couvent. Son ami le P. Potton devant prêcher le panégyrique de S. Dominique le lendemain au collège d’Oullins, rattaché à l’ordre dominicain en 1855, il va le rencontrer, lui sert la messe et lui fait part de son projet.

Entre rue Bugeaud, rue Tête d’or et rue Cuvier en 1880

Les choses ne traînent pas : quelques semaines plus tard, le P. Jandel, maître de l’Ordre, lui même vient à Lyon voir les lieux et trouve que le terrain choisi est trop petit (c’est actuellement le square en face de l’église). Il encourage Camille Rambaud à louer aux Hospices le « pré des marguerites blanches », sur lequel est bâtie une petite maison. Il est convenu que la maison sera mise en état pour accueillir une douzaine de religieux, et qu’une chapelle sera construite. Camille Rambaud construit cette chapelle en briques à l’emplacement du cloître actuel, à distance de la rue Bugeaud. Pour une chapelle provisoire, elle est déjà de bonne taille (250m2) ; elle sera pourtant détruite lors de la mise en service de l’église actuelle, sept ans plus tard !

Le 24 décembre 1856, le P. Danzas, prieur provincial, célèbre une première messe dans cette chapelle et inaugure la nouvelle communauté, d’emblée composée onze religieux. Ce qui frappe immédiatement les visiteurs, c’est le silence et l’austérité dans lesquels vivent ces frères, qui ont renoncé pour un an à tout apostolat afin de faire une sorte de second noviciat centré sur les observances monastiques. Un témoin laïc raconte :

Avant de prêcher le courage et la résignation dans les souffrances, avant de stigmatiser le luxe et la soif des jouissances matérielles, ils ont voulu, comme leur Maître crucifié, s’imposer toutes les privations du corps et ne rester étrangers à aucune des misères endurées par le pauvre. « Ne faut-il pas, me disait le Père qui recevait ma visite, que nous ayons souffert autant et plus que le pauvre pour pouvoir lui parler de ses misères et lui dire avec certitude qu’elles sont toujours supportables pour un cœur qui a placé sa confiance en Dieu ? » Il est certain qu’il n’y a ni souffrance du froid, ni souffrance de la faim, ni aucune sorte de privations qui ne soient subies par ces admirables religieux dont la foi, le calme et la force sont une prédication aussi énergique que le pourrait être le plus éloquent de leur discours.

Il y a dans le projet des frères qui fondent ce couvent une forme de prédication par l’exemple, par la pauvreté et l’austérité de la vie, dont il faut en effet souligner que l’une des principales limites est que les religieux en question quelle que soit leur générosité, ne connaissait et ne connaitrait jamais la précarité réelle des pauvres, du fait de leur appartenance à un Ordre qui les assurerait toujours de sa solidarité, et qu’ils ne savaient rien de la pauvreté culturelle, du manque d’éducation et de culture dont pouvait souffrir les pauvres qui les entouraient.

Le P. Danzas, qui a dessiné les vitraux de l’église

L’objectif des frères et du P. Danzas en particulier est de construire une belle église, dont la présence dans ce quartier misérable sera un signe qui touchera les cœurs.

« Au milieu de masures dans une rue misérable, la chapelle fleurit brusquement, comme un précieux reposoir ogival dressé pour la joie des pauvres (E. Bauman, 1927) »

Le P. Marie-Augustin, dont le cœur a été placé dans le mur de droite de la chapelle du Rosaire a en effet entrepris très rapidement de développer ici la dévotion au Rosaire. La récitation publique du rosaire ayant attiré de nombreux fidèles, il a peu à peu organisé une récitation perpétuelle, impliquant des fidèles au delà de Lyon, si bien qu’en trois ans, il avait réuni 60 000 associés, et qu’en 1874 lorsque les frères feront appel à ce réseau pour financer la fin des travaux, ils font mention de 600 000 personnes dans toute la France. C’est en particulier à cause de l’affluence suscitée par la prière du Rosaire et par les réunions des Chevaliers de Marie que décision fut prise de bâtir une église plus vaste que la chapelle construite par Camille Rambaud.

Louis Antoine Maurice Bresson - L’architecte de l’église du Saint Nom

Le P. Danzas trace le plan d’une nouvelle église, dans un style proche de celui du XIIIe siècle, ce qui participe du désir des fondateurs d’un retour à l’origine de l’Ordre. M. Bresson, architecte proche de Baussan (l’architecte de Fourvière), prend en charge la maîtrise d’œuvre, sous la maîtrise d’ouvrage attentive du P. Danzas. En un délai très rapide, en comparaison avec d’autres constructions de l’époque, en six ans, l’église est suffisamment aboutie pour que puisse être célébrée la bénédiction par le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, le 16 août 1863. On voit ses armoiries sur la première des clefs de voute de la nef.

L'intérieur de l'église au XIX<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle

La grande originalité de cette église est son programme iconographique, puisque l’intégralité des vitraux a été dessinée par la main du P. Danzas et qu’environ la moitié en a été réalisé sur place, par des frères convers, les frères Joachim Durif, Gilles Brossette, Eugène Baudin et Arbogaste Heinis. Une grande partie de ces vitraux trouve sa source dans des peintures de Fra Angelico, de même que l’architecture s’inspire de celle du XIIIe siècle, considéré comme une sorte d’âge d’or de la vie dominicaine.

Le frère Joachim Durif, principal artisan des vitraux

Le sculpteur Joseph-Hugues Fabisch

C’est un sculpteur lyonnais célèbre, J.H. Fabisch, qui a réalisé une grande partie des statues, en particulier celle de la Vierge, à l’autel du Rosaire. Les deux autres vierges qu’il a réalisées sont plus connues, puisque c’est Notre-Dame de Fourvière, et la Vierge de la grotte de Lourdes...

La Vierge du Rosaire dans l’église du Saint-Nom

Visite virtuelle

Notre visite va commencer par le côté nord, à gauche quand on rentre dans l’église. Comme les vitraux sont installés selon une chronologie qui part du chœur de l’église, nous nous rendons dans le bas côté, vers la sacristie.

Lorsqu’elles ont pu être identifiées, les sources textuelles des scènes ou des détails représentés ont été citées ici. Il s’agit le plus souvent de textes hagiographiques des premiers temps de l’Ordre, comme le Libellus de Jourdain de Saxe, premier successeur de saint Dominique à la tête de l’Ordre, qui a rédigé la première histoire des origines dominicaines.

Statue de saint Dominique

A l’extrémité est du bas côté nord, se trouve la statue de saint Dominique, qui à l’origine surplombait un autel, comme le fait la Vierge du Rosaire de l’autre côté. Cette sculpture de Fabisch représente saint Dominique de façon assez classique, un livre dans une main (l’évangile de saint Matthieu) et un lys dans l’autre, symbole de sa chasteté.

En arrière plan de cette statue, deux panneaux peints reproduisent des anges de Fra Angelico.

Première verrière nord : Les miracles de saint Dominique

Cette verrière illustre des événements attribués à saint Dominique dans les textes du XIIIe siècle. Le P. Danzas s’est inspiré d’une série peinte deux fois par Fra Angelico, la prédelle du tableau du Couronnement de la Vierge, conservé au Louvre et celle de la Vierge l’enfant Jésus et les saints, conservé au musée de Cortone. Ce vitrail a été réalisé pour une part au couvent et pour une part par l’entreprise Barelon. Il permet de comparer le travail des professionnels et celui des frères convers dominicains, et d’apprécier la qualité de ce dernier.

Pourquoi S. Dominique a-t-il toujours une étoile à hauteur du front ?

Les textes du XIIIe utilisent ce signe pour dire que Dominique apportait la lumière de l’évangile au monde :

« Cependant, Dieu qui voit le futur daigna faire entrevoir déjà, dès son jeune âge, qu’on devait espérer de cet enfant un avenir insigne. Une vision le montra à sa mère portant la lune sur le front ; ce qui signifiait évidemment qu’il serait un jour donné comme lumière des nations, pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres à l’ombre de la mort. L’événement le prouva dans la suite. »

Jourdain de Saxe, Libellus sur les origines de l’ordre des Prêcheurs, 9

« Il parut à sa mère spirituelle que l’enfant Dominique avait comme une étoile sur le front. Cette dame était noble. »

Pierre Ferrand, Legenda sancti Dominici, 6

En bas à gauche : Miracle des pains

Deux anges distribuent du pain aux frères réunis au réfectoire, pendant qu’un frère fait la lecture. La formule latine Panis oblatus coelitus fratrum supplet inopiam signifie que le pain offert par le ciel a pris la place de la disette dans laquelle se trouvaient les frères. Le réfectoire est une représentation imaginaire de celui du couvent de Saint-Sixte, à Rome. Cette partie du vitrail a été réalisée au couvent.

Voici le texte médiéval qui raconte cette histoire, dans la Légende de saint Dominique

Au temps où les frères de Rome demeuraient encore à Saint-Sixte et connaissaient fréquemment une grande indigence dans ses nécessités les plus élémentaires parce que l’ordre n’était pas encore connu du public, il arriva certain soir que le procureur des frères, un romain, frère Jacques de Mlle, n’eut pas de pain à leur donner. Les frères qu’on avait envoyés pour demander l’aumône , après avoir comme d’habitude fait le tour de beaucoup de maisons, avaient rencontré bon nombre de prêtres et de lévites mais très peu de samaritains (Lc 10, 30-37). Aussi rapportaient ils à peine un peu, très peu de pain. L’heure pressait pour le repas. Le procureur alla trouver le serviteur de Dieu Dominique, qui était alors présent, et lui exposa le désastre. L’homme de Dieu exulta en esprit et bénit Dieu, le visage plein de joie ; puis, comme réconforté d’en haut par l’infusion d’une confiance surnaturelle, il donna l’ordre de partager et de distribuer sur la table le peu de pain qu’on possédait. Au signal les frères viennent au réfectoire, poursuivent jusqu’au bout d’une voix joyeuse la bénédiction de la table et s’asseyent en bon ordre à leur place. Or tandis que chacun rompait la bouchée de pain qu’il avait trouvée devant lui, voici que deux jeunes gens, de même costume et de figure semblable, entrent au réfectoire. Ils portent dans le pli d’une cape qui pendait à leur cou une quantité de pains, tels que seuls en sait faire le boulanger qui les envoya. Ils les déposèrent en silence au sommet d’une table près de laquelle était assis l’homme de Dieu Dominique, puis disparurent si subitement que nul ne put découvrir désormais d’où ils étaient venus, ni où par après, ils s’en étaient allés. Quand les jeunes gens furent partis, l’homme de Dieu Dominique, tendant sa main de tous côtés : « Et maintenant, mes frères, dit-il mangez. » Nul ne douta sérieusement que tout ceci ne fût donné du ciel par les mérites du serviteur de Dieu Dominique. Plusieurs des frères qui furent alors présents et vient encore aujourd’hui en sont témoins.

Constantin d’Orvieto, Legenda Sancti Dominici, 28. On trouve la même histoire dans les Miracles de saint Dominique, rapportés par Sr Cécile, 3.

En haut à gauche : La mort de saint Dominique

La formule latine Caritate habet, umilitate servat, paupertate possidet signifie « Il a la charité, il garde l’humilité, il possède la pauvreté. » Cette partie du vitrail a été réalisée au couvent.

Saint Dominique laissait aux frères ce qu’il possédait : « Voici, dit-il, frères très chers, ce que je vous vous laisse pour que vous le teniez comme des fils par droit d’héritage. Ayez la charité, gardez l’humilité, possédez la pauvreté volontaire. » O testament de paix, testament que nul oubli n’a le droit d’effacer, nul dédain de mépriser, nulle intervention de modifier.

Légende de S. Dominique de Pierre Ferrand, § 50.

En bas au milieu : Miracle du feu

La formule latine Ter in flammas libellus traditus, ter exusit illoesus penitus signifie « Trois fois jeté aux flammes, le livret trois fois en ressortit sans aucune atteinte. » Cette partie du vitrail a été réalisée par l’entreprise Barelon.

« 24. Il arriva qu’un jour on institua à Fanjeaux une célèbre dispute, à laquelle on avait convoqué un très grand nombre de gens, tant fidèles qu’infidèles. La plupart des défenseurs de la foi avaient entre-temps rédigé des mémoires dans lesquels ils avaient couché leurs arguments et les citations authentiques qui confirmaient la foi. À l’examen d’ensemble, le mémoire du bienheureux Dominique fut plus apprécié que les autres et l’assemblée l’approuva pour qu’on le présentât, en même temps que le mémoire rédigé par les hérétiques, aux trois arbitres élus par les parties ensemble pour porter le jugement final. On devait considérer comme victorieuse la créance de la partie dont les arbitres estimeraient le mémoire mieux fondé en raison.
25. Les arbitres ne parvinrent pas à se mettre d’accord en faveur de l’une des parties, en dépit d’une longue discussion verbale. Il leur vint alors à l’esprit l’idée de jeter les deux mémoires dans les flammes : si l’un d’entre eux n’était pas consumé, c’est qu’indubitablement il contenait la vérité de foi. On allume donc un grand feu ; on y lance l’un et l’autre livre. Le livre des hérétiques se consume aussitôt. Mais l’autre, qu’avait écrit l’homme de Dieu Dominique, non seulement demeure intact, mais saute au loin sortant des flammes en présence de tous. Relancé une deuxième, une troisième fois, à chaque fois il ressortit, manifestant ouvertement et la vérité de la foi et la sainteté de celui qui l’avait rédigé. »

Jourdain de Saxe, Libellus sur les origines de l’ordre des Prêcheurs, 24-25.

En haut au milieu : La résurrection du jeune Napoléon

La formule latine Usitoeque natus reditus matris pelit tristitiam signifie « L’enfant rendu à sa mère chasse sa tristesse. » Cette partie du vitrail a été réalisée par l’entreprise Barelon.

« À l’un de ses séjours à Rome, certain adolescent, parent du cardinal Étienne de Fossanova, s’amusait imprudemment à cheval et se laissait emporter dans une course folle, lorsqu’il fit une chute très grave. On le transportait en pleurant. On le croyait à moitié mort, peut-être même tout à fait, car il était indubitablement inanimé. La désolation allait grandissant autour du défunt quand advint maître Dominique et, avec lui, frère Tancrède, homme fervent et bon, naguère prieur de Rome, de qui j’ai appris cette histoire. Il dit à Dominique : “Pourquoi te dérober ? Pourquoi n’interpelles-tu pas le Seigneur ? Où est maintenant ta compassion pour le prochain ? Où est ta confiance intime envers Dieu ?” Profondément ému par les apostrophes du frère et vaincu par un sentiment de compassion ardente, il fit discrètement transporter le jeune garçon dans une chambre qui fermait à clef et par la vertu de ses prières lui rendit la chaleur de la vie et le ramena devant tous sain et sauf. »

Jourdain de Saxe, Libellus sur les origines de l’ordre des Prêcheurs, 100. On trouve la même histoire, plus développée, dans les Miracles de saint Dominique, rapportés par Sr Cécile, 2.

En bas à droite : Vision du pape voyant saint Dominique soutenir l’Église

Vision d’Innocent III, le pape qui a approuvé la fondation de l’Ordre. Pendant son sommeil, il rêve de saint Dominique soutenant les murs branlants de la basilique du Latran. Une histoire équivalente est racontée à propos de saint François, dont ce pape a soutenu également la fondation. Le pape est représenté ici au lit avec sa tiare sur la tête (!).

La formule latine Jesus bone prece Dominici tibi proesta nos gratos efici signifie « Bon Jésus, à la prière de Dominique, accorde-nous de t’être agréable. »


En haut à droite : Vision de saint Pierre et saint Paul

La formule latine Verba mea quæ posui in ore tuo non recenent de ore tuo signifie « Mes paroles que j’ai mises dans ta bouche ne s’écarteront pas de ta bouche. »

L’église qui est représentée est la basilique Saint-Pierre de Rome édifiée par l’empereur Constantin, qui a été détruite lors de la construction de la basilique actuelle.

Cette scène a été réalisée au couvent par le fr. Joachim.

« Tandis que l’homme de Dieu Dominique était à Rome et répandait ses prières en présence de Dieu dans la basilique de Saint-Pierre pour la conversion et le développement de l’ordre que la dextre divine propageait par ses soins, la main de Dieu fondit sur lui. Il vit paraître Pierre et Paul ces princes pleins de gloire. Le premier, Pierre, lui conféra le bâton, Paul, le livre, et tous deux ajoutèrent « Va et prêche, car Dieu t’a choisi pour ce ministère. » Alors en un instant, il lui sembla que ses fils dispersés dans le monde entier, s’en allant deux par deux prêcher au peuple la parole de Dieu. »

Constantin d’Orvieto, Legenda Sancti Dominici, 25.

Plaque commémorative du chapitre général de 1891

Sous ce vitrail, une plaque en marbre rappelle la tenue au Saint-Nom de Jésus d’un chapitre général électif de l’Ordre dominicain :

Cette année 1891, le 13 des Calendes d’octobre, les définiteurs et les provinciaux de l’Ordre des Prêcheurs rituellement assemblés ont élu par la plupart des voix comme Maître général le fr. André Fruwirth qui gouvernait alors la Province d’Autriche. Pour que, les années s’écoulant, le souvenir de cet événement ne s’alanguisse, tout cela a été confié à ce marbre.

Statue de saint Thomas d’Aquin

S. Thomas d’Aquin est représenté ici terrassant sous ses pieds l’hérétique. Cette représentation est assez traditionnelle, même si elle n’a aucun fondement historique, car Thomas d’Aquin n’a jamais participé aux activités de l’Inquisition.

Deuxième verrière nord : saint Dominique et ses proches

L’ensemble de cette verrière fait référence aux tous premiers temps de l’Ordre, la famille de Dominique à gauche, la rencontre – historiquement possible, mais qui n’est pas attestée – entre S. Dominique et S. François d’Assise, et le fr. Réginald, l’un des premiers frères.


Au centre : la rencontre de saint Dominique et de saint François


A gauche : Jeanne d’Aza, la mère, et Mannes, le frère de saint Dominique

Vitrail réalisé par l’entreprise Barelon. Il représente la mère et le frère de saint Dominique.

Biographie de la bienheureuse Jeanne d’Aza

C’est la mère de S. Dominique, épouse de Félix
Née à Aza v1140
Décédée à Caleruega v1190/1200
Culte confirmé en 1828
Fêtée le 2 août

Biographie du bienheureux Manès

Naissance vers 1170
Décès en 1236 à Gumiel d’Izàn
Béatifié en 1834
Fêté le 18 août

Pourquoi Jeanne porte-t-elle un médaillon figurant un chien portant une torche ?

C’est l’application à S. Dominique, pour des questions d’homonymie probablement (Domini canus, Dominicus), d’une pieuse histoire racontée à propos de S. Bernard. On retrouve souvent le chien et la torche dans l’iconographie de S. Dominique. Voici le texte de la vie de saint Bernard :

« Sa mère, avant la conception, avait été l’objet d’une vision. Il lui semblait porter en son sein un petit chien qui tenait dans sa gueule une torche enflammée, puis sortant du ventre maternel, paraissait embraser le monde entier. Cela présageait qu’elle allait concevoir un remarquable prédicateur qui réveillerait les âmes endormies dans le péché par les aboiements de la science sacrée et répandrait dans l’univers le feu que le Seigneur Jésus vint apporter sur terre. »

Alanus, Vita secunda sancti Bernardi, PL CLXXXV, col. 470 D-471 A.

A droite : le bienheureux Réginald reçoit le scapulaire

Vitrail réalisé par l’entreprise Barelon. Aux côtés des jeunes gens comme Jourdain de Saxe qui ont constitué le premier groupe de frères autour de saint Dominique, c’est une personnalité connue qui a rejoint l’Ordre naissant en la personne de Maître Réginald d’Orléans, maître en droit canonique. Il est représenté ici comme un jeune homme, mais c’était probablement un homme d’au moins quarante ans. L’histoire de sa vision de la Vierge Marie lui remettant l’habit de l’Ordre, ou le scapulaire a beaucoup contribué à sa notoriété.

Biographie du Bienheureux Réginald

Naissance vers 1175 à S. Gilles du Gard
Décès à Paris, le 1 février 1220
Culte confirmé en 1875 par Pie IX
Fêté le 12 février

« 56. La même année, maître Dominique se trouvait à Rome lorsqu’y parvint le doyen de Saint-Aignan d’Orléans, maître Réginald, qui se préparait à traverser la mer. C’était un homme de grande renommée, savant très docte, illustre par ses dignités, qui avait occupé cinq ans à Paris la chaire de droit canon. À peine arrivé, il tomba gravement malade. Maître Dominique vint lui rendre quelquefois visite. Quand il l’engagea à suivre la pauvreté du Christ et à s’associer à l’ordre, il obtint son consentement libre et plein d’y entrer, au point que maître Réginald s’y astreignit par vœu.
57. Or Réginald guérit de sa maladie grave et d’un péril presque désespéré, non sans l’intervention miraculeuse de la puissance divine. Car la Vierge Marie, reine du ciel, mère de miséricorde, vint à lui sous forme visible au milieu des ardeurs de la fièvre et frotta d’un onguent guérisseur qu’elle portait avec elle, ses yeux, ses narines, ses oreilles, sa bouche, son nombril, ses mains et ses pieds, en ajoutant ces mots : « J’oins tes pieds avec l’huile sainte, pour qu’ils soient prêts à annoncer l’Évangile de paix. » Elle lui fit voir en outre tout l’habit de notre ordre. Tout aussitôt il se trouva guéri et si subitement reconstitué dans tout le corps que les médecins, qui avaient presque désespéré de sa convalescence, s’étonnaient de constater les signes d’une guérison achevée. Dans la suite maître Dominique fit connaître publiquement ce remarquable miracle à bien des gens qui vivent encore. J’ai moi-même assisté naguère à Paris à une conférence spirituelle où il le raconta à un assez grand nombre de personnes. »

Jourdain de Saxe, Libellus sur les origines de l’ordre des Prêcheurs, 56-57.

Sur cette base de la vision de « tout l’habit de notre ordre », s’est développée l’image de la Vierge donnant le scapulaire à Réginald, reprise entre autres dans la Vie de saint Dominique, publiée par le P. Lacordaire en 1840.

Troisième verrière nord : Trois saints dominicains du XIIIe siècle

<Photo 3e verrière nord>

A gauche : saint Hyacinthe

Vitrail réalisé au couvent. Dans son livre sur le P. Danzas, le P. Berthier dévoile le modèle qui a inspiré ce vitrail : « Ailleurs nous verrons S. Hyacinthe représenté sous les traits du P. Hyacinthe Besson. Le P. Danzas aimait à rappeler ainsi les traits de ceux qu’il aimait [1]. » Le P. Besson, artiste lui aussi, était parmi les premiers compagnons de Lacordaire dans la restauration de l’Ordre, avec le P. Danzas.


Au centre : saint Pierre de Vérone

Vitrail réalisé par l’entreprise Barelon.


A droite : saint Raymond de Peñafort

Vitrail réalisé au couvent.

Quatrième verrière nord : saint Thomas d’Aquin

Saint Louis et saint Albert le Grand

Réalisé au couvent, la philosophie chrétienne qui le supporte étant l’œuvre du fr. Egidius. Dans cette verrière centrée sur saint Thomas, les saints qui l’entourent sont ceux qui l’ont entouré dans sa vie. Ici le roi saint Louis, qui était proche des dominicains installés à Paris à partir de 1217, et saint Albert le Grand qui fut l’un des maîtres de saint Thomas d’Aquin.


Saint Thomas d’Aquin

Réalisé par Barelon ainsi que les deux personnages qui le supportent, la philosophie païenne et la synagogue, les yeux bandés. En revanche, les archives précisent que « le médaillon de saint Thomas recevant des anges le cordon est le coup d’essai du fr Egidius, il l’a peint à Grigny, chez Barelon. »


Saint Augustin et saint Bonaventure

Réalisé au couvent. Le panneau de la théologie et les deux petits anges de Fiesole sont du fr Egidius.

Saint Augustin est représenté dans l’entourage de saint Thomas car il constitué pour lui une référence comme pour tous les théologiens du Moyen Age, même si saint Thomas développe sur certains sujets une approche différente de la théologie. Saint Bonaventure est chez les franciscains l’exact contemporain de saint Thomas. Ils ont enseigné au même moment à Paris, et sont morts à quelques mois d’écart en 1274 à l’occasion du concile de Lyon, S. Thomas sur la route qui l’y conduisait et S. Bonaventure à Lyon, durant le concile.

Cinquième verrière nord : papes et évêques dominicains

S. Jean Dominici

Réalisé au couvent. Une note dans les archives conventuelles précise : « Médaillons trop rouges à cause d’une couleur qu’on ne connaissait par bien. »

En médaillon, deux dominicains, non béatifiés, Hugues de Saint Cher et Pierre de la Palud, ayant marqué l’histoire lyonnaise.

  • Hugues de Saint-Cher, provincial de France. Premier cardinal dominicain en 1244, il est intervenu au premier concile de Lyon de 1245 et il est décédé le 19 mars 1263. Il est l’auteur de la première concordance biblique. Comme cardinal, il porte un chapeau rouge.

  • Pierre de la Palud, dominicain de Lyon décédé en 1342, Patriarche de Jérusalem, théologien de grand renom. Comme archevêque, il porte un chapeau vert.

Le vitrail des papes

Vitrail réalisé au couvent. Une note dans les archives conventuelles précise : « trop cuit, teinte pâle. » Il représente les trois papes dominicains canonisés ou béatifiés, avec en médaillon Benoît XIII, qui ne l’a pas été : au centre S. Pie V, avec en retrait les bienheureux Benoît XI et Innocent V.


S. Antonin de Florence

Vitrail réalisé au couvent.

En médaillon, le Bx Bartholomeo de Bregance, dominicain et évêque à Chypre puis à Vicence en Italie. Il était un ami de saint Louis, qui est représenté ici en train de lui offrir un reliquaire contenant un morceau de la croix du Christ. Pour abriter ces reliques, il fera construire une église à Vicence.

Sixième verrière nord : « Laissez venir à moi les petits enfants »

Ce vitrail réalisé en ??? est inspiré de l’évangile de S. Marc 10, 13-15 :

On lui présentait des petits enfants pour qu’il les touchât, mais les disciples les rabrouèrent. Ce que voyant, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les petits enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu. En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant, n’y entrera pas. »

A côté des fonts baptismaux, a été placée la statue de S. Jean-Baptiste réalisée initialement pour la chaire, de même que les statues des prophètes qui ornent aujourd’hui le porche de l’église à l’extérieur.

Chapelle du Rosaire

La chapelle du Rosaire a été conçue comme le siège de...

Vitrail du rosaire

Photo ???

Création du P. Danzas. « Exécuté chez Barelon. Barelon ne faisait que les personnages et les mettaient en plomb, on continuait la mise en plomb avec les dessins accessoires au couvent. »

Berthier : « La tête de saint Dominique rappelle de loin les traits du P. Lacordaire, qui portait précisément le nom de Dominique . » Le célèbre portrait de Lacordaire par Janmot est particulièrement proche de ce vitrail.

Vierge du Rosaire

La statue de la Vierge est l’œuvre du sculpteur Fabisch qui a réalisé également la statue de Notre Dame de Fourvière et celle de la grotte de Lourdes. De chaque côté de la Vierge, deux anges musiciens, inspirés des peintures de Fra Angelico.

Première verrière sud

Les mystères du Rosaire

Une note des archives conventuelle précise : « Copie de gravures allemandes de Kratky, exécutés par le fr. Joachim. Le fr. Egidius a fait le recouvrement de Jésus au temple, et peut-être la visitation. »

A gauche, les mystères joyeux, de bas en haut : l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la présentation de Jésus au temple et Jésus enseignant les docteurs au temple.

Au milieu, les mystères douloureux, de bas en haut : l’agonie, la flagellation, la couronne d’épine, le portement de croix et la mort de Jésus sur la croix.

A droite, les mystères glorieux, de bas en haut : la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte, l’Assomption et le couronnement de la Vierge.
Photo : Mystères du Rosaire

La « Vierge de douleur » de Pauline Jarricot

Sur le pilier de gauche en entrant dans la chapelle du Rosaire, se trouve une Vierge de douleur rapportée d’Italie par Pauline Jarricot. Elle a été offerte au couvent après sa mort par ses héritiers.

Deuxième verrière sud

Sainte Marie Madeleine, et bienheureuse Madeleine de Panateriis

Réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas.

[Berthier :] Sainte Marie-Madeleine est debout, tournée aux trois quarts de droite à gauche, tenant de ses deux mains devant elle son vase de parfums. Elle est vêtue d’une longue tunique et d’un manteau qu’elle relève sous le bras droit. Elle est tête nue, et ses longs cheveux blonds tombent à flots sur ses épaules. Les traits sont légèrement émaciés, comme il convient à une pénitente. C’est une image très douce et très pure de la Madeleine transformée. On est heureux de la retrouver peinte de la sorte, tant il est rare qu’elle apparaisse sincèrement convertie, même quand elle se pâme sur une tête de mort. La bienheureuse Madeleine de Panateriis est agenouillée à gauche de la grande Madeleine, au second plan. Elle revêt le costume dominicain blanc et noir, et serre amoureusement dans ses deux bras croisés contre sa poitrine le lys de la chasteté. C’est la pureté conservée qui fait le pendant de la pureté reconquise.

Notice biographique en lien : Bse Madeleine Panattieri

Le Sacré Cœur et sainte Catherine de Sienne

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas

[Berthier :] Le Christ est debout dans sa tunique et son manteau. De la main droite il montre à sainte Catherine agenouillée, en extase devant lui, son cœur esquissé sur sa poitrine, de la gauche il élève à la hauteur de l’épaule le calice eucharistique. La Sainte a les deux mains jointes et contemple avec amour le spectacle qui lui est donné. Elle porte sur la tête sa couronne d’épines, enserrant le voile blanc des tertiaires dominicaines. L’expression des figures et des attitudes est très remarquable d’intensité : la bonté et la force chez le maître, l’humilité et l’amour chez la fidèle servante. On dirait la traduction de cette parole sublime que le Sauveur adressa à Catherine : « Ma fille, souviens-toi que je suis celui qui est, et que toi tu es celle qui n’est pas. »

Notice biographique en lien : Ste Catherine de Sienne

A droite : Sainte Catherine martyre et sainte Catherine de Racconigi

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas. Sainte Catherine est représentée avec une couronne et la palme du martyre ; sous son coude droit se trouve la roue dentée.
La légende de sainte Catherine martyre en fait une jeune fille noble et érudite de la fin du IIIe siècle à Alexandrie qui aurait soutenu victorieusement un débat avec cinquante philosophes en présence de l’empereur Maximilien. Celui-ci fit exécuter les savants et proposa le mariage à Catherine qui refusa car elle se considérait comme la fiancée du Christ. Il la soumit à un supplice avec une roue dentée dont les dents se brisèrent sur son corps, puis la fit décapiter.

Les sources les plus anciennes sont une Passio ou récit hagiographique en grec (VIe ‑ VIIe siècle), une autre en latin (IXe siècle). Elle est mentionnée dans La Légende dorée de Jacques de Voragine. John Capgrave lui consacre une Vie de Sainte Catherine (1445). Fra Angelico, l’a représentée avec S. Pierre Martyr dans une nativité, cellule 5 du couvent S. Marco, Florence.

Notice biographique en lien : sainte Catherine de Racconigi

Troisième verrière sud

Sainte Catherine de Ricci

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas

Notice biographique en lien : Ste Catherine de Ricci

Sainte Rose de Lima

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas

Notice biographique en lien : Ste Rose de Lima

A droite : Sainte Agnès de Montepulciano (Agnese Segni)

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas

Notice biographique en lien : Ste Agnès de Montepulciano

Sainte Catherine de Sienne avait une grande vénération pour sainte Agnès, moniale dominicaine. Elle aimait se rendre à Montepulciano pour prier auprès de la tombe d’Agnès. Elle s’y rendait comme au mont Thabor, et l’accueil reçu dans cette petite communauté monastique lui semblait si paradisiaque qu’elle écrivait à une amie : « Savez-vous que l’envie me prend de dire : ’Faisons ici trois tentes’... »

Selon Raymond de Capoue, si Catherine avait un si ardent désir de prier auprès d’Agnès, c’est parce qu’elle « avait appris par révélation qu’elle serait placée dans le royaume des cieux avec la bienheureuse Agnès de Montepulciano, qu’elle jouirait du même degré de gloire et l’aurait ainsi comme compagne d’éternelle béatitude. (…) Catherine avait avoué confidentiellement, tant à moi qu’à son autre confesseur », que cette révélation « lui avait mis au cœur un vif désir de visiter les reliques de cette bienheureuse et de recevoir ainsi, dès cette vie, les premières arrhes d’un bonheur sans fin, que pareille compagnie devait lui procurer dans l’éternité ».

Catherine fait un lien entre Marie Madeleine et Agnès, entre l’apôtre du Christ, « passionnée pour son Maître », et la contemplative, toute imprégnée d’humilité et de charité, « qui voulait toujours s’abaisser elle-même..., en reconnaissant que toutes les grâces et les vertus lui venaient de Dieu ». Catherine considère ces deux saintes, avec la Vierge Marie, comme ses deux mères.

Quatrième verrière sud

Bienheureuse Imelda Lambertini

Notice biographique en lien : Bse Imelda Lambertini

La dévotion à la Bienheureuse Imelda a été très vivante parmi les dominicains français au XIXe siècle. Le bienheureux Jean-Joseph Lataste, a publié à son sujet une brochure, La Bienheureuse Imelda Lambertini, Paris, Poussielgue, 1866, 36 p., qui a connu cinq éditions de 1866 à 1875, c’est-à-dire à l’époque de la réalisation de ces vitraux.

Caractéristique de la dévotion du P. Lataste à l’eucharistie, la dédicace est une invitation adressée aux petits enfants pour qu’ils se préparent à recevoir « du Dieu de l’eucharistie le baiser de la réconciliation et de l’amour » et à leurs parents pour qu’ils retrouvent les souvenirs de leur première communion et y puisent le désir de revenir à la sainte table. A ses yeux, la bienheureuse Imelda, exprime le désir intense qui l’animait de faire partager sa dévotion à l’eucharistie. Au début de 1866, le P. Lataste a la joie de recevoir de son ami et frère de noviciat, le P. Lévy, missionnaire dominicain à Mossoul (Irak), qui partage sa dévotion à la bienheureuse Imelda, le récit de la guérison d’une petite Imelda irakienne à la suite de sa première communion. Dans cette lettre du 3 décembre 1865, le P. Lévy annonce également son désir de traduire en arabe le livret du P. Lataste sur la bienheureuse Imelda.

Cinquième verrière sud

Les trois princesses

Notice biographique en lien : Ste Marguerite de Savoie, Ste Jeanne de Portugal, Ste Marguerite de Hongrie

[Berthier :] Elles sont debout et comme appuyées l’une sur l’autre. A leurs pieds, les couronnes terrestres qu’elles ont méprisées. La bienheureuse Marguerite de Hongrie est au premier plan, les yeux baissés, et tenant de la droite une branche de marguerite avec deux fleurs dont l’une se dirige vers la bienheureuse Marguerite de Savoie placée à sa gauche. Ces fleurs indiquent les noms de ces deux illustres filles de saint Dominique. La bienheureuse Marguerite de Savoie se voit de profil, à droite du spectateur, tournée sur sa gauche, elle regarde le ciel en s’enfonçant dans la poitrine trois javelots aigus, symbole de la calomnie, de la maladie et de la persécution qu’elle accepta de souffrir en même temps pour son Dieu. La bienheureuse Jeanne de Portugal est à droite du groupe. Elle a refusé trois rois qui sollicitent sa main et contemple les yeux baissés un idéal meilleur qui a surgi dans son âme. Ce groupe est charmant, on dirait trois Grâces chrétiennes, élevées au dessus des autres autant que le ciel l’est au dessus de la terre. [2]

Rencontre de St Dominique et St François

Situation dans l’église du Saint-Nom

  • Au centre des verrières de l’abside, dans l’axe de la nef
  • Au centre de la deuxième verrière, bas côté Nord.

Autre représentations connues :

  • Fra Angelico, Staatliche Museen, Berlin, c. 1429
  • Fra Angelico, bas de la Madonna in Trono con Bambino, Parma, Galleria Palatina
  • Fra Angelico, prédelle du tableau La Vierge, l’Enfant et les saints, Eglise du Gesu, Cortone
  • Fra Angelico, La vierge apaise la colère de son fils en lui présentant S. François et S. Dominique, Berlin, Kaiser Friedrich Museum

Sources franciscaines :

  • Thomas de Celano, Vita secunda (1247) §148, moins fiable que la Vita prima.
  • Fioretti (XIVe) §18
  • Speculum perfectionis, §43
  • Voir le commentaire du fr. Luc Mathieu

Sources dominicaines :

Muettes, sauf un chroniqueur dominicain cité par Pierre de Jean Olivi (vers 1330) qui mentionne aussi le fait.

Notes

[1F. THIOLLIER (Dir.), Le R.P. A. Danzas de l’ordre des frères prêcheurs. Ses œuvres artistiques. Texte par le R.P. Berthier du même ordre. Nombreuses héliogravures exécutées d’après les peintures et dessins originaux, Saint-Etienne, 1897, 31.

[2F. THIOLLIER (Dir.), Le R.P. A. Danzas de l’Ordre des frères prêcheurs. Ses œuvres artistiques. Texte par le R.P. Berthier du même Ordre. Nombreuses héliogravures exécutées d’après les peintures et dessins originaux, Saint-Etienne, 1897, 31.