Chapelle du Rosaire

La chapelle du Rosaire a été conçue comme le siège de l’association du Rosaire perpétuel fondée par un frère du couvent, le fr. Marie-Augustin, dont le cœur a été placé dans le mur de droite, derrière une plaque qui lui rend hommage. Cette association qui rassemblait au moment de la construction de l’église plus de 100 000 membres dans toute la France, a beaucoup contribué au financement de la construction.

Un article publié dans la revue de l’association, La couronne de Marie, décrit la chapelle du Rosaire, à l’intention des bienfaiteurs.

Chapelle du Rosaire au couvent de Lyon

La Couronne de Marie, 4, 1863, 356-358

Le 16 août dernier, fête de saint Hyacinthe, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, a eu lieu la bénédiction de la nouvelle chapelle des PP. dominicains de Lyon. Son Eminence le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon a daigné faire elle-même cette cérémonie. Un nombreux clergé et plus de cinquante religieux de divers ordres nt pris part à cette pieuse solennité.
Ce qui intéresse particulièrement les Associés, c’est le nouveau sanctuaire de Notre-Dame du Saint Rosaire. Il convenait en effet que cette chapelle qui est, par sa destination providentielle, le centre de l’association du Rosaire perpétuel, fût plus en rapport avec la grandeur de l’Œuvre elle-même. Sans doute la pauvre et petite chapelle où l’association a pris naissance en 1858, où elle s’est ensuite magnifiquement développée, où le P. Marie Augustin a si souvent fait entendre aux pieux fidèles les accents de son amour et de son zèle envers Marie, cette humble chapelle laisse dans tous les cœurs de tous ceux qui l’ont fréquentée un souvenir ineffaçable. Mais à la vue de ce nouveau sanctuaire dont la grandeur et la beauté sont si fort au dessus du premier, qui ne sent son cœur se dilater ? qui ne voit un symbole des progrès admirables de l’Œuvre a faits en ces derniers temps ? qui ne se réjouit de l’honneur plus grand, du culte plus digne rendu à notre auguste Reine ? Dans cette nouvelle enceinte, nos Associés peuvent se réunir plus nombreux, sans être gênés par l’exiguïté d’un local trop restreint ; la prière s’élance en quelque sorte plus haut ; les chants sacrés résonnent avec plus d’harmonie ; les cérémonies saintes peuvent se déployer avec plus de pompe et de recueillement. Si Marie s’est montrée si bonne, si douce, si miséricordieuse, si puissante dans son premier sanctuaire, n’en doutons pas, elle se montrera telle et meilleure encore si c’est possible dans le second. Elle aussi dilatera son cœur de mère pour répandre sur ses enfants du Rosaire de plus abondantes bénédictions.

Nous ne ferons pas la description de ce monument si digne de sa haute destination : il est encore inachevé et incomplet, et nous aurons peut être occasion d’en parler dans la suite. Nous signalons seulement le beau vitrail qui décore la chapelle du Rosaire, non pour faire admirer le talent de l’artiste, le fini de l’exécution, mais pour dire à nos chers Associés qu’aux pieds de notre divine Reine donnant le Rosaire à S. Dominique, un ange les représente élevant vers Jésus et Marie un encensoir d’or et leur offrant le pur encens de la louange et de la prière. Glorieux soldat de l’armée des cieux, cet ange n’est-il pas un sublime représentant de la milice de Marie sur la terre, de ces âmes pieuses qui font ici-bas la cour à notre Reine, de concert avec les habitants du ciel. Oh ! puissions nous élever nos cœurs vers Jésus et Marie remplis du feu de l’amour divin et exhalant le parfum de la prière et des vertus du Rosaire ! C’est ainsi que nous mériterons d’être associés aux anges et aux saints dans la patrie. En attendant, rendons grâces à Marie de tous les bienfaits dont elle nous a comblés, et particulièrement de s’être choisi ce pieux sanctuaire pour y recevoir nos vœux et nos hommages les plus parfaits.


Vitrail du rosaire

Création du P. Danzas. « Exécuté chez Barelon. Barelon ne faisait que les personnages et les mettaient en plomb, on continuait la mise en plomb avec les dessins accessoires au couvent. »

Berthier : « La tête de saint Dominique rappelle de loin les traits du P. Lacordaire, qui portait précisément le nom de Dominique . » Le célèbre portrait de Lacordaire par Janmot est particulièrement proche de ce vitrail.


Vierge du Rosaire

La statue de la Vierge est l’œuvre du sculpteur Fabisch qui a réalisé également la statue de Notre Dame de Fourvière et celle de la grotte de Lourdes. De chaque côté de la Vierge, deux anges musiciens, inspirés des peintures de Fra Angelico.

1ère verrière : les mystères du Rosaire

Les mystères du Rosaire

Une note des archives conventuelle précise : « Copie de gravures allemandes de Kratky, exécutés par le fr. Joachim. Le fr. Egidius a fait le recouvrement de Jésus au temple, et peut-être la visitation. »

A gauche, les mystères joyeux, de bas en haut : l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la présentation de Jésus au temple et Jésus enseignant les docteurs au temple.

Au milieu, les mystères douloureux, de bas en haut : l’agonie, la flagellation, la couronne d’épine, le portement de croix et la mort de Jésus sur la croix.

A droite, les mystères glorieux, de bas en haut : la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte, l’Assomption et le couronnement de la Vierge.

Statue de la « Vierge de douleur » de Pauline Jarricot

La « Vierge de douleur » de Pauline Jarricot

Sur le pilier de gauche en entrant dans la chapelle du Rosaire, se trouve une Vierge de douleur rapportée d’Italie par Pauline Jarricot. Elle a été offerte au couvent après sa mort par ses héritiers.

Lettre de Pauline Jaricot sur la Vierge de compassion

Cette vierge est représentée au pied de la croix et de grandeur naturelle, mais seulement à demi corps. Si elle n’est pas d’une matière précieuse, elle a un autre mérite bien supérieur, qui consiste dans l’expression admirable de son visage, où l’on démêle tout à la fois et l’angoisse de la douleur et la résignation surhumaine d’un cœur maternel transpercé qui adore les décrets de Dieu.

Tout est intéressant dans l’histoire de cette statue. L’originale fut léguée par un religieux à don Présute, curé fort respectable et très estimé qui dessert à la fois l’église de Sainte-Lucie sur mer et celle de Notre-Dame de la chaîne, placées l’une et l’autre sur le port de Naples. Cette image sacrée lui avait été confiée sous la condition qu’il la ferait vénérer le plus possible. Ce digne ecclésiastique l’avait promis au religieux mourant. Mais ne pouvant la placer convenablement ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux églises dont les principales chapelles se trouvaient toutes consacrées à diverses dévotions, il attendait, pour accomplir son engagement, que la providence lui en fournit une occasion favorable.

Déjà quelques temps s’étaient écoulés sans que le digne curé une vue la possibilité de mettre en honneur cette belle Vierge. Sur ces entrefaites nous arrivâmes à Naples, (c’était immédiatement après la neuvaine d’action de grâces que nous venions de terminer à Mugnano auprès du tombeau de Sainte Philomène, à l’époque de ma guérison). Nous nous logeâmes dans un hôtel qui touche l’église de Sainte-Lucie. Jusqu’alors nous avions de notre côté vivement désiré de trouver en Italie une belle statue de Notre-Dame de compassion, mais parmi celles que nous avions rencontrées, aucune n’avait pu répondre encore à l’idée que nous nous en étions formée. Lorsqu’un jour, en visitant l’église de Sainte-Lucie, nous remarquâmes à la sacristie cette touchante madone : nous demandâmes s’il ne serait pas possible d’en faire tirer une copie ; je vous en ferai présent, nous dit Monsieur le curé, afin de soulager ma conscience et ce fut alors qu’il raconta ce que j’ai dit plus haut. Nous acceptable l’engagement qu’il avait pris envers le respectable défunt, et ce précieux dépôt nous fut livré pour être envoyé en France. Je ne vous parlerai des petits incidents tout providentiels qui accompagnèrent cette donation, mais seulement de sa traversée qui eut quelque chose de semblable à ce qui vient de se passer à l’égard de la copie de cette même statue que nous avions expédiée pour l’Algérie. Une tempête affreuse accueillit le navire qui la portait de Naples à Marseille et le mis en grand danger de périr. Le capitaine pour éviter le naufrage fut obligé de faire rejeter toutes les marchandises à la mer, la caisse seule qui contenait cette statue fut exceptée. L’orage avait poussé le navire si loin hors de sa route il avait tellement endommagé que ce ne fut que trois mois et demi après son départ de Naples qu’il put arriver à Marseille.

Mais bien chères sœurs
toute vôtre
Pauline Jaricot

2ème verrière : saintes du Tiers-Ordre dominicain

Sainte Marie Madeleine, et bienheureuse Madeleine de Panateriis

Réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas.

[Berthier :] Sainte Marie-Madeleine est debout, tournée aux trois quarts de droite à gauche, tenant de ses deux mains devant elle son vase de parfums. Elle est vêtue d’une longue tunique et d’un manteau qu’elle relève sous le bras droit. Elle est tête nue, et ses longs cheveux blonds tombent à flots sur ses épaules. Les traits sont légèrement émaciés, comme il convient à une pénitente. C’est une image très douce et très pure de la Madeleine transformée. On est heureux de la retrouver peinte de la sorte, tant il est rare qu’elle apparaisse sincèrement convertie, même quand elle se pâme sur une tête de mort. La bienheureuse Madeleine de Panateriis est agenouillée à gauche de la grande Madeleine, au second plan. Elle revêt le costume dominicain blanc et noir, et serre amoureusement dans ses deux bras croisés contre sa poitrine le lys de la chasteté. C’est la pureté conservée qui fait le pendant de la pureté reconquise.

Biographie de la bienheureuse Madeleine Panattieri (du Tiers-Ordre de la pénitence de saint Dominique)

  • Naissance en 1433 à Trino, Piémont, entre Turin et Milan
  • Décès le 13 octobre 1503 à Trino
  • Béatification : culte confirmé en 1827

Maddalena dès ses premières années apparaît comme une âme pleine de grâce. Très jolie, elle sut éviter la vanité et elle n’avait pour miroir que le crucifix. Elle prit très jeune l’habit du Tiers Ordre de saint Dominique, embrassant avec ferveur toutes les austérités de l’Ordre. Elle porta toujours la rude chemise de laine, observa avec une extrême rigueur l’abstinence et les longs jeûnes, et fut héroïque dans les veilles. Elle fit sien le double esprit de contemplation et d’action, dont elle devint l’expression vivante. Elle contemplait avec un amour passionné la Passion de Jésus, méritant de participer dans son âme et dans son corps à toutes les souffrances du Sauveur. Elle brûlait de zèle pour le salut des âmes pour qui elle travaillait et priait.

Elle avait le don de prédication, et elle faisait le catéchisme dans une chapelle à côté de l’église des Dominicains de Trino. Ses modestes conférences furent destinées, au début, à un groupe de femmes, qui reconnaissaient en elle une excellente conseillère. Peu à peu, quelques hommes se joignirent aux femmes, et il advint que les prêtres et religieux du lieu eux-mêmes se sentirent attirés par les paroles inspirées de Madeleine, et pour finir le maître des novices y amenait ses jeunes religieux.

Elle avait un art céleste de tourner les esprits au bien, et ce fut son œuvre si les Dominicains de Trino embrassèrent la stricte observance restaurée par Raymond de Capoue. Elle insistait surtout sur la réforme des mœurs, et traitait souvent le problème de l’usure, un sujet brûlant à cette époque où la monnaie manquait et où les commerces se répandaient largement. Grâce à Madeleine, Trino devint un centre de prédication. Le prieur général des Dominicains arriva de Milan, et de tout le Piémont de nombreux prédicateurs venaient « prendre la becquée » à Trino, où d’ailleurs la tertiaire ne s’enorgueillissait pas mais au contraire faisait preuve d’une profonde humilité. À un homme qui, heurté de ses paroles, lui donna une gifle, Madeleine, tombant à genoux, dit évangéliquement : « Frère, voici l’autre joue ; frappe aussi. Je te remercie pour l’amour du Christ ».

Comme Savonarole, elle prophétisa les malheurs de l’Italie, précisant que sa ville serait épargnée ; comme lui dans ses prédications elle répétait le cri : « Malheur à l’Italie ! Je vois approcher le fouet » ; et comme lui, elle voyait dans les enfants l’innocence et l’avenir du monde. Mais elle obtint son plus grand succès non seulement comme prédicatrice mais comme maîtresse spirituelle. Le marquis de Monferrato avait pour elle une vénération particulière et l’appelait sa « maman ». Du reste elle fut la maman de tous, et fut aimée de tous. Elle prédit sa mort, et quand elle fut en agonie, d’une voix très douce elle entonna l’hymne Jesu nostra Redemptio et l’Ave Maris stella. » [1]


Le Sacré Cœur et sainte Catherine de Sienne

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas

[Berthier :] Le Christ est debout dans sa tunique et son manteau. De la main droite il montre à sainte Catherine agenouillée, en extase devant lui, son cœur esquissé sur sa poitrine, de la gauche il élève à la hauteur de l’épaule le calice eucharistique. La Sainte a les deux mains jointes et contemple avec amour le spectacle qui lui est donné. Elle porte sur la tête sa couronne d’épines, enserrant le voile blanc des tertiaires dominicaines. L’expression des figures et des attitudes est très remarquable d’intensité : la bonté et la force chez le maître, l’humilité et l’amour chez la fidèle servante. On dirait la traduction de cette parole sublime que le Sauveur adressa à Catherine : « Ma fille, souviens-toi que je suis celui qui est, et que toi tu es celle qui n’est pas. »

Biographie de sainte Catherine de Sienne (laïque dominicaine)

  • Naissance à Sienne 25 mars 1347
  • Décès à Rome, 29 avril 1380
  • Canonisée en 1461
  • Fêtée le 29 avril

25ème enfant de Jacopo Benincasa, teinturier à Sienne, et de Lapa Piagenti, âgée de 6 ans elle reçoit sa première vision surnaturelle, et à 7 ans, elle fait vœu de virginité. Ayant résisté victorieusement aux projets matrimoniaux de ses parents, à 16 ans elle entre parmi les mantellate (les laïques dominicaines de Sienne), revêtant leur vêtement blanc et noir. Elle partage son temps entre l’église et l’hôpital-léproserie, où elle assiste les malades. Elle a tout juste 20 ans lorsque, au soir du jeudi gras 1367, lui est accordé le mariage mystique avec Jésus.

À Sienne, Catherine ne passe pas inaperçue : on la trouve absurde, scandaleuse ou exaltée. Mais autour d’elle se forme un cénacle de gens d’Église, prêtres et religieux, d’artistes et d’hommes cultivés, d’artisans et de travailleurs, de jeunes et de moins jeunes, de femmes du peuple et de dames de l’aristocratie. Cette compagnie se réunit autour de Catherine pour prier, réfléchir, méditer, dialoguer. Catherine ne manque certes pas de charme féminin, mais elle est plus riche encore de sainteté. Ascèse et oraison la font vivre en étroite union avec le Christ, tout en se préoccupant des réalités de la vie. Son principal souci est l’unité de l’Église.

Sans complexe, elle écrit au pape, à Avignon, une lettre brûlante où elle le presse de revenir à Rome. Elle ira même le chercher. Lorsque la chrétienté occidentale sera divisée entre plusieurs papes, elle soutiendra Urbain VI et déploiera des trésors d’activité et de diplomatie pour rassembler l’Église autour de lui. Elle prend aussi parti dans les luttes où s’affrontent les villes italiennes. Elle, la recluse de Sienne, voyage inlassablement comme médiatrice dans le nord de l’Italie et le sud de la France. Mais cette activité débordante n’est que la face apparente d’une intense vie mystique, avec des extases durant lesquelles ses disciples, émerveillés, copient les prières qui s’échappent de ses lèvres. Son Dialogue, qui est un des classiques de la langue italienne, retrace ces entretiens enflammés avec le Christ. Elle s’appliqua à connaître Dieu en elle, à se connaître en Dieu et à reproduire l’image du Christ crucifié.

Avec force et inlassablement, elle lutta pour poursuivre la paix, ramener dans sa ville l’évêque de Rome et refaire l’unité de l’Église. Elle mourut à Rome en 1380, laissant de précieux documents de très haute doctrine spirituelle. Seconde femme Docteur de l’Église (1970), patronne de l’Italie avec saint François d’Assise, patronne des laïcs dominicains, de l’Action catholique féminine, de Rome, des infirmières, des pompiers, copatronne de l’Europe. On la représente avec un cœur.


A droite : Sainte Catherine martyre et bienheureuse Catherine de Racconigi

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas. Sainte Catherine est représentée avec une couronne et la palme du martyre ; sous son coude droit se trouve la roue dentée.

La légende de sainte Catherine martyre en fait une jeune fille noble et érudite de la fin du IIIe siècle à Alexandrie qui aurait soutenu victorieusement un débat avec cinquante philosophes en présence de l’empereur Maximilien. Celui-ci fit exécuter les savants et proposa le mariage à Catherine qui refusa car elle se considérait comme la fiancée du Christ. Il la soumit à un supplice avec une roue dentée dont les dents se brisèrent sur son corps, puis la fit décapiter.

Les sources les plus anciennes sont une Passio ou récit hagiographique en grec (VIe ‑ VIIe siècle), une autre en latin (IXe siècle). Elle est mentionnée dans La Légende dorée de Jacques de Voragine. John Capgrave lui consacre une Vie de Sainte Catherine (1445). Fra Angelico, l’a représentée avec S. Pierre Martyr dans une nativité, cellule 5 du couvent S. Marco, Florence.

Biographie de la bienheureuse Catherine de Racconigi

  • Née en 1487
  • Décès le 4 septembre 1574
  • Fêtée le 4 septembre.

Tertiaire dominicaine peu connue. Sa vie mystique a commencé très jeune ; ayant reçu les stigmates, comme sainte Catherine de Sienne, elle était considérée de son vivant comme un maître spirituel.

3ème verrière : trois saintes dominicaines contemplatives

Sainte Catherine de Ricci

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas

Biographie de sainte Catherine de Ricci

  • Naissance à Florence, le 23 avril 1522
  • Décès au Prato, le 2 février 1590
  • Béatifiée en 1732 par Clément XII
  • Canonisée en 1746 par Benoît XIV
  • Fêtée le 13 février

Désireuse d’une vie religieuse stricte, elle entra dans un monastère dominicain fondé par des femmes marquées par la prédication de Savonarole. Bénéficiant de nombreuses grâces mystiques, en particulier d’une extase du jeudi après midi au vendredi après midi toutes les semaines durant douze ans.

Elle collabora par correspondance avec le pape saint Pie V, avec l’archevêque de Milan, saint Charles Borromée et sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Elle soutenait tous leurs efforts en ces temps du grand mouvement réformateur de l’Église, et s’appliqua à honorer sans relâche les mystères de la passion de Jésus-Christ, qu’elle mérita même d’éprouver. Elle garda, dans une vie de haute mystique, un parfait équilibre dans les hautes charges spirituelles et temporelles qu’elle eut à assumer.


Au centre : Sainte Rose de Lima

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas

Biographie de sainte Rose de Lima (Isabel Flores)

  • Naissance le 20 avril 1586 à Lima, Pérou
  • Décès le 24 août 1617 à Lima, Pérou
  • Béatification le 15 avril 1668 par Clément IX
  • Canonisation le 2 avril 1671 par Clément X
  • Fêtée le 23 août

Tertiaire dominicaine, elle a passé sa vie dans la pénitence dans un ermitage dans le jardin de ses parents, se dévouant auprès des Indiens et des malades.

Première sainte canonisée du Nouveau Monde (en 1671), patronne du Pérou, de l’Amérique, des Philippines, des Indes (qu’elle aurait voulu évangéliser), des jardiniers et des fleuristes.

Isabel Flores était la dixième enfant d’une pauvre famille espagnole de Lima au Pérou. Très vite, elle manifeste pour le Christ un amour si violent qu’elle multiplie les austérités. À 4 ans et demi, elle reçoit la grâce de savoir lire sans avoir appris, l’ayant simplement demandé dans la prière. Elle en profitera pour se nourrir de la vie de sainte Catherine de Sienne qui deviendra son modèle. À 5 ans, elle se consacre à Dieu. À 20 ans, elle prend l’habit des tertiaires dominicaines. Les onze années qui lui restent à vivre, elle les passera, à demi-recluse, dans un minuscule ermitage au fond du jardin de ses parents, dans la prière et une austérité effrayante. En échange, elle reçoit des grâces mystiques étonnantes. Dans le même temps, elle se dévoue au service des indiens, des enfants abandonnés et des vieillards infirmes. Ses visions éveillent les soupçons de l’Inquisition. Elle devra subir des examens et la sûreté doctrinale de ses réponses impressionnera ses interrogateurs. À sa mort, le petit peuple de Lima se presse sur sa tombe pour en recueillir un peu de terre. [2]


A droite : Sainte Agnès de Montepulciano

Vitrail réalisé chez Barelon, selon un dessin du P. Danzas.

Sainte Catherine de Sienne avait une grande vénération pour sainte Agnès, moniale dominicaine. Elle aimait se rendre à Montepulciano pour prier auprès de la tombe d’Agnès. Elle s’y rendait comme au mont Thabor, et l’accueil reçu dans cette petite communauté monastique lui semblait si paradisiaque qu’elle écrivait à une amie : « Savez-vous que l’envie me prend de dire : ’Faisons ici trois tentes’... »

Selon Raymond de Capoue, si Catherine avait un si ardent désir de prier auprès d’Agnès, c’est parce qu’elle « avait appris par révélation qu’elle serait placée dans le royaume des cieux avec la bienheureuse Agnès de Montepulciano, qu’elle jouirait du même degré de gloire et l’aurait ainsi comme compagne d’éternelle béatitude. (…) Catherine avait avoué confidentiellement, tant à moi qu’à son autre confesseur », que cette révélation « lui avait mis au cœur un vif désir de visiter les reliques de cette bienheureuse et de recevoir ainsi, dès cette vie, les premières arrhes d’un bonheur sans fin, que pareille compagnie devait lui procurer dans l’éternité ».

Catherine fait un lien entre Marie Madeleine et Agnès, entre l’apôtre du Christ, « passionnée pour son Maître », et la contemplative, toute imprégnée d’humilité et de charité, « qui voulait toujours s’abaisser elle-même..., en reconnaissant que toutes les grâces et les vertus lui venaient de Dieu ». Catherine considère ces deux saintes, avec la Vierge Marie, comme ses deux mères.

Biographie de sainte Agnès de Montepulciano (Agnese Segni)

  • Naissance le 28 janvier 1268 à Gracciano, près de Montepulciano
  • Décès le 20 avril 1317 à Montepulciano
  • Béatification le 1608 par Clément VIII
  • Canonisation le 1726 par Benoît XIII
  • Fêtée le 20 avril

Fondatrice du monastère des dominicaines de Montepulciano. Représentée avec un agneau par jeu de mot avec son nom et à cause de sa dévotion à l’Agneau de Dieu.

À 4 ans, elle cherchait la solitude pour mieux prier. À 9 ans, l’âge des fiançailles, elle obtient de ses parents, riches et chrétiens, d’entrer en religion. Désormais, sa vie ne sera plus qu’une continuelle oraison. Elle entre chez les Sœurs du Sac (ainsi nommées parce que leur habit, de toile grossière, ressemblait à un sac), où on lui confiera bientôt la charge d’économe. En 1283, à 15 ans, elle entre dans une communauté nouvelle à Precesso, près d’Orvieto. Très douée et pleine de sagesse spirituelle, elle ne tarde pas à être nommée abbesse de ce couvent où elle passe une grande partie de sa vie dans la joie et les souffrances (rhumatismes).

À 32 ans, en 1306, elle revient à Montepulciano pour y fonder un couvent de sœurs dominicaines, à l’extérieur de la ville, à l’endroit d’une maison fréquentée par des prostituées. Avec l’accord de l’évêque d’Orvieto, elle y construit un oratoire dédié à la Vierge, qui sera agrandi en 1311. Elle acheta donc une partie de la petite colline attenante à celle de Montepulciano, avec l’argent qu’elle reçut des riches et des pauvres. Elle devint prieure de ce monastère et mourut à 49 ans.

Les religieuses, la voyant mourir, la suppliaient de demander sa guérison. « Si vous m’aimiez vraiment, leur dit-elle, vous vous réjouiriez de ma mort, puisque je m’en vais à mon Bien-Aimé. Je vous serai plus utile au paradis qu’ici ; ayez confiance, je serai toujours avec vous ». Puis, levant les yeux et les mains vers le ciel, elle dit avec un sourire ravissant : « Mon Bien-Aimé est à moi, je ne le quitterai plus ».

Son corps non corrompu repose au couvent des Dominicaines de Montepulciano.

Sainte Agnès est avant tout une âme contemplative. Pour elle, Dieu est le Bien-Aimé : elle lui manifeste une amitié sans réserve, une tendresse sans limite, une confiance sans borne ; il la comble de faveurs extraordinaires, répond à ses désirs et satisfait même ses moindres caprices. Aussi la représente-t-on caressant l’Agneau de Dieu qu’elle tient dans ses bras et dont elle porte le nom. On la représente aussi avec les trois cailloux qu’elle aurait reçus de la Vierge pour construire son monastère.

Un jour une extase lui fit manquer la messe. Revenue à elle, elle se mit à pleurer de ne pouvoir ce matin-là recevoir son Bien-Aimé. Jésus lui envoie alors porter la communion par l’ange qui l’avait assisté dans son agonie. C’est encore cet ange qui viendra annoncer à Agnès les souffrances et la mort qu’elle aura à endurer : « Prends ce calice, ô bien-aimée du Christ, lui dira-t-il, bois comme lui jusqu’à la lie ».

4ème verrière : Imelda, fleur de l’eucharistie

Bienheureuse Imelda Lambertini

La dévotion à la Bienheureuse Imelda a été très vivante parmi les dominicains français au XIXe siècle. Le bienheureux Jean-Joseph Lataste, a publié à son sujet une brochure, La Bienheureuse Imelda Lambertini, Paris, Poussielgue, 1866, 36 p., qui a connu cinq éditions de 1866 à 1875, c’est-à-dire à l’époque de la réalisation de ces vitraux.

Caractéristique de la dévotion du P. Lataste à l’eucharistie, la dédicace est une invitation adressée aux petits enfants pour qu’ils se préparent à recevoir « du Dieu de l’eucharistie le baiser de la réconciliation et de l’amour » et à leurs parents pour qu’ils retrouvent les souvenirs de leur première communion et y puisent le désir de revenir à la sainte table. A ses yeux, la bienheureuse Imelda, exprime le désir intense qui l’animait de faire partager sa dévotion à l’eucharistie. Au début de 1866, le P. Lataste a la joie de recevoir de son ami et frère de noviciat, le P. Lévy, missionnaire dominicain à Mossoul (Irak), qui partage sa dévotion à la bienheureuse Imelda, le récit de la guérison d’une petite Imelda irakienne à la suite de sa première communion. Dans cette lettre du 3 décembre 1865, le P. Lévy annonce également son désir de traduire en arabe le livret du P. Lataste sur la bienheureuse Imelda.

Biographie d’Imelda Lambertini

  • Naissance en 1322 à Bologne
  • Décès le 13 mai 1333 à Bologne
  • Béatification en 1826 par Léon XII
  • Fêtée le 12 mai

Son père, Egano Lambertini, gouverneur de Brescia et ambassadeur par-devant la République de Venise, était aussi remarquable par son habileté, sa prudence et sa valeur militaire que par sa foi profonde et son amour des pauvres. Sa mère, Castora Galuzzi, demandait à la Vierge la grâce d’avoir un enfant. Après avoir beaucoup prié, elle eut une jolie petite fille. Dès sa naissance, Castora l’offrit à la Vierge, qui accepta l’offrande. Imelda manifesta dès le berceau une intelligence précoce qui s’ouvrait naturellement aux lumières de la foi. C’était une enfant obéissante, qui ne faisait pas de caprices. Elle s’était aménagé un petit oratoire où elle priait. À 10 ans, elle entra chez les Dominicaines de Val di Petra, près de Bologne, et prit l’habit avec joie. Novice, elle voulut observer la Règle tout entière bien qu’elle n’y fût pas obligée. Aucune austérité ne l’effrayait, et elle s’appliquait en tout à ressembler à Jésus crucifié. Elle passait des heures en adoration devant Jésus-Hostie. Durant la messe, elle versait d’abondantes larmes, surtout au moment de la communion. Elle disait aux sœurs : « Je vous en prie, expliquez-moi comment on peut recevoir Jésus dans son cœur sans mourir de joie. »

C’était l’usage du pays de ne donner la première communion qu’à l’âge de quatorze ans. Le jour de l’Ascension 1333, Imelda supplia de nouveau son confesseur, mais il resta inflexible. L’enfant s’en alla à la chapelle en pleurant, afin d’y entendre la messe. Le Seigneur Jésus, si faible contre l’amour, ne put résister davantage aux vœux de cette âme angélique. Au moment de la communion, une hostie s’échappa du ciboire, s’éleva dans les airs, franchit la grille du chœur et vint s’arrêter au-dessus de la tête d’Imelda. Les religieuses avertirent le prêtre du prodige. Lorsqu’il s’approcha avec la patène, l’hostie immobile vint s’y poser. Ne doutant plus de la volonté du Seigneur, il communia Imelda. Les religieuses, saisies d’un étonnement inexprimable, restèrent longtemps à regarder cette enfant toute irradiée d’une joie surnaturelle, prosternée en adoration. Ressentant finalement une vague inquiétude, elles appelèrent Imelda, la prièrent de se relever, puis lui en donnèrent l’ordre. L’enfant toujours si prompte à obéir paraissait ne pas même les entendre. En allant la relever, les sœurs s’aperçurent avec stupéfaction qu’Imelda était morte : morte de joie et d’amour à l’heure de sa première communion. Cette petite sainte a été surnommée : la fleur de l’Eucharistie. Elle est la patronne des premiers communiants. [3]

5ème verrière : les trois princesses

Les trois princesses

[Berthier :] Elles sont debout et comme appuyées l’une sur l’autre. A leurs pieds, les couronnes terrestres qu’elles ont méprisées. La bienheureuse Marguerite de Hongrie est au premier plan, les yeux baissés, et tenant de la droite une branche de marguerite avec deux fleurs dont l’une se dirige vers la bienheureuse Marguerite de Savoie placée à sa gauche. Ces fleurs indiquent les noms de ces deux illustres filles de saint Dominique. La bienheureuse Marguerite de Savoie se voit de profil, à droite du spectateur, tournée sur sa gauche, elle regarde le ciel en s’enfonçant dans la poitrine trois javelots aigus, symbole de la calomnie, de la maladie et de la persécution qu’elle accepta de souffrir en même temps pour son Dieu. La bienheureuse Jeanne de Portugal est à droite du groupe. Elle a refusé trois rois qui sollicitent sa main et contemple les yeux baissés un idéal meilleur qui a surgi dans son âme. Ce groupe est charmant, on dirait trois Grâces chrétiennes, élevées au dessus des autres autant que le ciel l’est au dessus de la terre. [4]

Biographie de la bienheureuse Marguerite de Savoie

  • Née à Pignerol (Piémont) vers 1382
  • Décès à Alba (Piémont) le 23 novembre 1464
  • Culte confirmé en 1669
  • Fêtée le 27 novembre

Fille du duc Amédée II de Savoie et de son épouse Catherine, nièce du pape d’Avignon Clément VII, elle fut mariée en 1403 à Théodore II Paléologue marquis de Montferrat (veuf de Jeanne, fille du duc de Bar et de Lorraine). Elle fut une épouse attentive à l’égard de son mari et des deux enfants qu’il avait eus de son premier mariage (ils étaient à peine plus jeunes qu’elle). Comme elle ne put avoir d’enfants, ce furent les pauvres qui le devinrent par sa générosité. Sa piété, déjà grande, grandit encore lorsque saint Vincent Ferrier eut séjourné quelques mois à Montferrat.

Ce mariage fut heureux, mais le comte mourut le 20 décembre 1415 (ou 1418). Devenue veuve et régente, elle éleva avec générosité son beau-fils Jacques jusqu’à sa majorité, et gouverna avec sagesse. Elle laissa la direction des affaires du marquisat à Jacques, fit vœu de chasteté et en 1420, guidée par saint Vincent Ferrier, elle entra dans le Tiers-Ordre de Saint Dominique, dans son château d’Alba. Peu après, le duc Filippo Maria Visconti de Milan la demanda en mariage mais elle refusa et il le prit mal. Avec quelques jeunes femmes, elle transforma Alba en monastère dominicain, y entra en 1448 et devint abbesse. Redoublant de mortifications, elle fit de rapides progrès dans la voie de la perfection et mourut saintement. Comme, à travers les œuvres de piété, de mortification et d’amour du prochain, ne se laissant pas prendre aux liens et persécutions humains et diaboliques, elle avança toujours dans l’amour de Jésus, elle reçut aussi de lui la grâce d’obtenir aussitôt ce qu’elle demandait dans sa prière. Le Seigneur fit d’innombrables miracles sur sa tombe. [5]

Biographie de la bienheureuse Jeanne de Portugal

  • Née le 16 février 1452 à Aveiro
  • Décès le 12 mai 1490 à Aveiro
  • Culte confirmé en 1692.
  • Fête le 12 mai

Fille du roi de Portugal Alfonso V et de la reine Isabel de Coimbra, Joana avait 3 ans quand sa mère mourut en mettant au monde son fils Joao. L’enfant fut alors confiée aux bons soins de la bonne et sainte Beatriz de Menezes. La santé délicate de son frère et la mort de sa mère faisaient d’elle l’héritière probable du trône, et elle fut éduquée dans cette perspective. Pourtant, depuis l’enfance elle ne s’intéressait qu’au service de Dieu. Elle fut maintes fois demandée en mariage (le Dauphin de France, Maximilien d’Autriche, Richard III d’Angleterre). Quand elle eut 16 ans, elle demanda à son père la permission d’entrer en religion. Il refusa, mais renonça provisoirement à la marier et l’autorisa à mener au palais une vie retirée. En 1471, Alfonso et Joao entreprirent une expédition contre les Maures. Joana, qui avait 19 ans, assura la régence du royaume avec grande compétence. La guerre terminée, la princesse demanda encore à entrer au couvent, son père accepta. Elle distribua ses biens personnels et partit au couvent des Bernardines d’Ordivellas, pour attendre l’autorisation d’entrer chez les Dominicaines d’Aveiro, où la règle était sévère et gardée très strictement. Son père et son frère ne voyaient pas d’un bon œil cette retraite, aussi ils la harcelèrent pendant longtemps, allant jusqu’aux menaces et à l’enlèvement, pour qu’elle revienne. Finalement, le 4 août 1472, elle entra chez les dominicaines, prit l’habit en 1475, mais ne put prononcer ses vœux que lorsque la succession au trône fut assurée, en 1485. Cependant, la princesse fit tout son possible pour mener la vie d’une simple religieuse, se réservant les travaux les plus humbles. Elle consacra tous ses revenus à la charité, spécialement au rachat des captifs. Elle fut le refuge des pauvres, des orphelins et des veuves. Elle offrait ses souffrances pour la rédemption des chrétiens captifs en Afrique et pour la conversion des pécheurs. Sa famille s’inquiétait pour sa santé, et pendant une épidémie de fièvre ils insistèrent pour qu’elle quitte Aveiro, dont le climat était insalubre.

Elle mourut à 38 ans, d’une fièvre contractée en buvant de l’eau contaminée (ou peut-être empoisonnée par une femme qui avait des griefs contre elle). Elle mourut à l’heure qu’elle avait elle-même prédite, pendant que ses sœurs récitaient la litanie des saints. Arrivées à l’invocation : « Tous les saints innocents, priez pour nous », elle leva les yeux au ciel et expira doucement dans le Seigneur. Les miracles signalés sur sa tombe sont nombreux. Patronne d’Aveiro.

Biographie de sainte Marguerite de Hongrie

  • Naissance vers 1242 à Klissza (aujourd’hui Klis près de Split en Croatie)
  • Décès le 18 janvier 1270 à Budapest
  • Béatifiée en 1278
  • Canonisée en 1934
  • Fêtée le 18 janvier

Fille de Béla IV Árpád (1206-1270), roi de Hongrie et de Maria Laskaris (fille de l’empereur de Nicée Théodore Ier Lascaris), nièce de sainte Élisabeth de Hongrie, et petite-nièce de sainte Edwige de Silésie, Marguerite naît tandis que sévit en Europe l’invasion des Tartares (ou Mongols). Béla IV rassemble en hâte ses forces et se porte au-devant d’eux. Le 11 avril 1241, en un lieu appelé Mohi, les Mongols remportent une éclatante victoire sur les Hongrois qui sont presque tous massacrés, Béla IV lui-même fuit en Dalmatie. Ils ravagent les régions du Danube avec un raffinement de cruauté. L’Europe est à leur merci. Pour obtenir la libération de leur pays, ses parents consacrent Marguerite à Dieu dès avant sa naissance par un vœu, et l’envoient, à l’âge de 3 ans ½ , au monastère des Dominicaines de Veszprem près de Budapest. Le roi ayant ensuite en 1252 fondé pour elle un monastère du même ordre dans une île du Danube, l’île aux Lièvres (appelée maintenant île Margit), Marguerite y est transférée ; elle y fait profession deux ans après, à l’âge de 12 ans, et refuse énergiquement une demande en mariage du duc Boleslaw le Généreux. Elle mène une vie de moniale très mortifiée et très humble tout en étant favorisée de charismes. La guerre éclatant à la suite d’une dissension dans sa famille au sujet de la succession au trône, elle redouble ses pénitences et n’hésite pas à adresser de vifs reproches aux grands et à son père lui-même qui se met à la persécuter ; mais après quatre années de conflit, la paix est conclue dans l’île aux Lièvres. Elle doit encore refuser une demande en mariage, présentée par son père pour des raisons politiques.

Elle aimait l’humilité et la pénitence. Elle couchait sur le plancher de sa chambre et n’avait qu’une pierre pour chevet. Quand elle était malade, elle cachait son état pour n’être pas obligée d’user des adoucissements permis aux malades. Sa douceur était admirable ; et si une sœur paraissait avoir contre elle le moindre sujet de mécontentement, elle allait se jeter à ses pieds pour lui demander pardon. Marguerite eut dès l’enfance une tendre dévotion envers Jésus crucifié. Elle portait continuellement sur elle une petite croix faite du bois de celle du Sauveur, et l’appliquait souvent sur sa bouche, la nuit comme le jour. Elle priait de préférence devant l’autel de la croix. Pendant la messe et à l’approche de la communion, elle pleurait abondamment. La veille du jour où elle devait communier, elle jeûnait au pain et à l’eau, et passait la nuit en prière. Le jour de la communion, elle priait à jeun jusqu’au soir, et ne mangeait que le minimum vital. Elle honorait spécialement la Vierge Marie. Elle vivait le plus pauvrement possible et donnait aux pauvres tout l’argent que lui donnait son frère, le roi Étienne V. Elle cherchait les tâches les plus rudes et les plus humbles, pratiquait de rigoureuses pénitences. En retour, elle fut couronnée de dons mystiques assez étonnants.

Elle ne soupirait qu’après le moment qui la réunirait à son divin époux. Ses désirs furent enfin accomplis ; elle tomba malade et mourut, âgée de 28 ans. Sa tombe devint rapidement un lieu de pèlerinage. Son corps est dans la ville de Presbourg. « Rien entre moi et Dieu » était sa devise.