Statue de saint Dominique

A l’extrémité est du bas côté nord, se trouve la statue de saint Dominique, qui à l’origine surplombait un autel, comme le fait la Vierge du Rosaire de l’autre côté. Cette sculpture de Fabisch représente saint Dominique de façon assez classique, un livre dans une main (l’évangile de saint Matthieu) et un lys dans l’autre, symbole de sa chasteté.

En arrière plan de cette statue, deux panneaux peints reproduisent des anges de Fra Angelico.

1ère verrière : miracles de saint Dominique

Cette verrière illustre des événements attribués à saint Dominique dans les textes du XIIIe siècle. Le P. Danzas s’est inspiré d’une série peinte deux fois par Fra Angelico, la prédelle du tableau du Couronnement de la Vierge, conservé au Louvre et celle de la Vierge l’enfant Jésus et les saints, conservé au musée de Cortone. Ce vitrail a été réalisé pour une part au couvent et pour une part par l’entreprise Barelon. Il permet de comparer le travail des professionnels et celui des frères convers dominicains, et d’apprécier la qualité de ce dernier.

Pourquoi S. Dominique a-t-il toujours une étoile à hauteur du front ?

Les textes du XIIIe utilisent ce signe pour dire que Dominique apportait la lumière de l’évangile au monde :

« Cependant, Dieu qui voit le futur daigna faire entrevoir déjà, dès son jeune âge, qu’on devait espérer de cet enfant un avenir insigne. Une vision le montra à sa mère portant la lune sur le front ; ce qui signifiait évidemment qu’il serait un jour donné comme lumière des nations, pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres à l’ombre de la mort. L’événement le prouva dans la suite. »

Jourdain de Saxe, Libellus sur les origines de l’ordre des Prêcheurs, 9

« Il parut à sa mère spirituelle que l’enfant Dominique avait comme une étoile sur le front. Cette dame était noble. »

Pierre Ferrand, Legenda sancti Dominici, 6

En bas à gauche : Miracle des pains

Deux anges distribuent du pain aux frères réunis au réfectoire, pendant qu’un frère fait la lecture. La formule latine Panis oblatus coelitus fratrum supplet inopiam signifie que le pain offert par le ciel a pris la place de la disette dans laquelle se trouvaient les frères. Le réfectoire est une représentation imaginaire de celui du couvent de Saint-Sixte, à Rome. Cette partie du vitrail a été réalisée au couvent.

Voici le texte médiéval qui raconte cette histoire, dans la Légende de saint Dominique

Au temps où les frères de Rome demeuraient encore à Saint-Sixte et connaissaient fréquemment une grande indigence dans ses nécessités les plus élémentaires parce que l’ordre n’était pas encore connu du public, il arriva certain soir que le procureur des frères, un romain, frère Jacques de Melle, n’eut pas de pain à leur donner. Les frères qu’on avait envoyés pour demander l’aumône , après avoir comme d’habitude fait le tour de beaucoup de maisons, avaient rencontré bon nombre de prêtres et de lévites mais très peu de samaritains (Lc 10, 30-37). Aussi rapportaient ils à peine un peu, très peu de pain. L’heure pressait pour le repas. Le procureur alla trouver le serviteur de Dieu Dominique, qui était alors présent, et lui exposa le désastre. L’homme de Dieu exulta en esprit et bénit Dieu, le visage plein de joie ; puis, comme réconforté d’en haut par l’infusion d’une confiance surnaturelle, il donna l’ordre de partager et de distribuer sur la table le peu de pain qu’on possédait. Au signal les frères viennent au réfectoire, poursuivent jusqu’au bout d’une voix joyeuse la bénédiction de la table et s’asseyent en bon ordre à leur place. Or tandis que chacun rompait la bouchée de pain qu’il avait trouvée devant lui, voici que deux jeunes gens, de même costume et de figure semblable, entrent au réfectoire. Ils portent dans le pli d’une cape qui pendait à leur cou une quantité de pains, tels que seuls en sait faire le boulanger qui les envoya. Ils les déposèrent en silence au sommet d’une table près de laquelle était assis l’homme de Dieu Dominique, puis disparurent si subitement que nul ne put découvrir désormais d’où ils étaient venus, ni où par après, ils s’en étaient allés. Quand les jeunes gens furent partis, l’homme de Dieu Dominique, tendant sa main de tous côtés : « Et maintenant, mes frères, dit-il mangez. » Nul ne douta sérieusement que tout ceci ne fût donné du ciel par les mérites du serviteur de Dieu Dominique. Plusieurs des frères qui furent alors présents et vient encore aujourd’hui en sont témoins.

Constantin d’Orvieto, Legenda Sancti Dominici, 28. On trouve la même histoire dans les Miracles de saint Dominique, rapportés par Sr Cécile, 3.

En haut à gauche : La mort de saint Dominique

La formule latine Caritate habet, umilitate servat, paupertate possidet signifie « Il a la charité, il garde l’humilité, il possède la pauvreté. » Cette partie du vitrail a été réalisée au couvent.

Saint Dominique laissait aux frères ce qu’il possédait : « Voici, dit-il, frères très chers, ce que je vous vous laisse pour que vous le teniez comme des fils par droit d’héritage. Ayez la charité, gardez l’humilité, possédez la pauvreté volontaire. » O testament de paix, testament que nul oubli n’a le droit d’effacer, nul dédain de mépriser, nulle intervention de modifier.

Légende de S. Dominique de Pierre Ferrand, § 50.

En bas au milieu : Miracle du feu

La formule latine Ter in flammas libellus traditus, ter exusit illoesus penitus signifie « Trois fois jeté aux flammes, le livret trois fois en ressortit sans aucune atteinte. » Cette partie du vitrail a été réalisée par l’entreprise Barelon.

« 24. Il arriva qu’un jour on institua à Fanjeaux une célèbre dispute, à laquelle on avait convoqué un très grand nombre de gens, tant fidèles qu’infidèles. La plupart des défenseurs de la foi avaient entre-temps rédigé des mémoires dans lesquels ils avaient couché leurs arguments et les citations authentiques qui confirmaient la foi. À l’examen d’ensemble, le mémoire du bienheureux Dominique fut plus apprécié que les autres et l’assemblée l’approuva pour qu’on le présentât, en même temps que le mémoire rédigé par les hérétiques, aux trois arbitres élus par les parties ensemble pour porter le jugement final. On devait considérer comme victorieuse la créance de la partie dont les arbitres estimeraient le mémoire mieux fondé en raison.
25. Les arbitres ne parvinrent pas à se mettre d’accord en faveur de l’une des parties, en dépit d’une longue discussion verbale. Il leur vint alors à l’esprit l’idée de jeter les deux mémoires dans les flammes : si l’un d’entre eux n’était pas consumé, c’est qu’indubitablement il contenait la vérité de foi. On allume donc un grand feu ; on y lance l’un et l’autre livre. Le livre des hérétiques se consume aussitôt. Mais l’autre, qu’avait écrit l’homme de Dieu Dominique, non seulement demeure intact, mais saute au loin sortant des flammes en présence de tous. Relancé une deuxième, une troisième fois, à chaque fois il ressortit, manifestant ouvertement et la vérité de la foi et la sainteté de celui qui l’avait rédigé. »

Jourdain de Saxe, Libellus sur les origines de l’ordre des Prêcheurs, 24-25.

En haut au milieu : La résurrection du jeune Napoléon

La formule latine Usitoeque natus reditus matris pelit tristitiam signifie « L’enfant rendu à sa mère chasse sa tristesse. » Cette partie du vitrail a été réalisée par l’entreprise Barelon.

« À l’un de ses séjours à Rome, certain adolescent, parent du cardinal Étienne de Fossanova, s’amusait imprudemment à cheval et se laissait emporter dans une course folle, lorsqu’il fit une chute très grave. On le transportait en pleurant. On le croyait à moitié mort, peut-être même tout à fait, car il était indubitablement inanimé. La désolation allait grandissant autour du défunt quand advint maître Dominique et, avec lui, frère Tancrède, homme fervent et bon, naguère prieur de Rome, de qui j’ai appris cette histoire. Il dit à Dominique : “Pourquoi te dérober ? Pourquoi n’interpelles-tu pas le Seigneur ? Où est maintenant ta compassion pour le prochain ? Où est ta confiance intime envers Dieu ?” Profondément ému par les apostrophes du frère et vaincu par un sentiment de compassion ardente, il fit discrètement transporter le jeune garçon dans une chambre qui fermait à clef et par la vertu de ses prières lui rendit la chaleur de la vie et le ramena devant tous sain et sauf. »

Jourdain de Saxe, Libellus sur les origines de l’ordre des Prêcheurs, 100. On trouve la même histoire, plus développée, dans les Miracles de saint Dominique, rapportés par Sr Cécile, 2.

En bas à droite : Vision du pape voyant saint Dominique soutenir l’Église

Vision d’Innocent III, le pape qui a approuvé la fondation de l’Ordre. Pendant son sommeil, il rêve de saint Dominique soutenant les murs branlants de la basilique du Latran. Une histoire équivalente est racontée à propos de saint François, dont ce pape a soutenu également la fondation. Le pape est représenté ici au lit avec sa tiare sur la tête (!).

La formule latine Jesus bone prece Dominici tibi proesta nos gratos efici signifie « Bon Jésus, à la prière de Dominique, accorde-nous de t’être agréable. »


En haut à droite : Vision de saint Pierre et saint Paul

La formule latine Verba mea quæ posui in ore tuo non recenent de ore tuo signifie « Mes paroles que j’ai mises dans ta bouche ne s’écarteront pas de ta bouche. »

L’église qui est représentée est la basilique Saint-Pierre de Rome édifiée par l’empereur Constantin, qui a été détruite lors de la construction de la basilique actuelle.

Cette scène a été réalisée au couvent par le fr. Joachim.

« Tandis que l’homme de Dieu Dominique était à Rome et répandait ses prières en présence de Dieu dans la basilique de Saint-Pierre pour la conversion et le développement de l’ordre que la dextre divine propageait par ses soins, la main de Dieu fondit sur lui. Il vit paraître Pierre et Paul ces princes pleins de gloire. Le premier, Pierre, lui conféra le bâton, Paul, le livre, et tous deux ajoutèrent « Va et prêche, car Dieu t’a choisi pour ce ministère. » Alors en un instant, il lui sembla que ses fils dispersés dans le monde entier, s’en allant deux par deux prêcher au peuple la parole de Dieu. »

Constantin d’Orvieto, Legenda Sancti Dominici, 25.

Plaque commémorative du chapitre général de 1891

Sous ce vitrail, une plaque en marbre rappelle la tenue au Saint-Nom de Jésus d’un chapitre général électif de l’Ordre dominicain :

Cette année 1891, le 13 des Calendes d’octobre, les définiteurs et les provinciaux de l’Ordre des Prêcheurs rituellement assemblés ont élu par la plupart des voix comme Maître général le fr. André Fruwirth qui gouvernait alors la Province d’Autriche. Pour que, les années s’écoulant, le souvenir de cet événement ne s’alanguisse, tout cela a été confié à ce marbre.

Statue de saint Thomas d’Aquin

S. Thomas d’Aquin est représenté ici terrassant sous ses pieds l’hérétique. Cette représentation est assez traditionnelle, même si elle n’a aucun fondement historique, car Thomas d’Aquin n’a jamais participé aux activités de l’Inquisition.

2ème verrière : saint Dominique et ses proches

L’ensemble de cette verrière fait référence aux tous premiers temps de l’Ordre, la famille de Dominique à gauche, la rencontre — historiquement possible, mais qui n’est pas attestée — entre S. Dominique et S. François d’Assise, et le fr. Réginald, l’un des premiers frères.


Au centre : la rencontre de saint Dominique et de saint François

Cette rencontre des deux fondateurs n’est pas attestée historiquement, mais elle a été représentée deux fois par le P. Danzas dans l’église, ici et dans le vitrail central du chœur.


A gauche : Jeanne d’Aza, la mère, et Mannès, le frère de saint Dominique

Vitrail réalisé par l’entreprise Barelon. Il représente la mère et le frère de saint Dominique.

Biographie de la bienheureuse Jeanne d’Aza

C’est la mère de S. Dominique, épouse de Félix, dont nous ne savons à peu près rien. Cela n’empêche pas l’hagiographie :
  • Née à Aza vers 1140
  • Décédée à Caleruega vers 1190/1200
  • Culte confirmé en 1828
  • Fêtée le 2 août

Mère de saint Dominique et du bienheureux Mannès de Guzman ; invoquée pour la fertilité des champs. C’était une femme d’une éminente vertu et d’un remarquable caractère. Bien qu’elle ne soit pas formellement dominicaine, la mère de saint Dominique mérite d’être citée, soit pour avoir mis au monde et éduqué dans la foi le Fondateur de l’Ordre, soit comme bienheureuse laïque.

De noble famille castillane, fille du grand maréchal de Castille Don Garcia d’Aza, tuteur du roi Alfonso VIII, elle épousa Félix de Guzman, gouverneur du bourg de Caleruega, et de cette union naquirent trois fils qui devinrent tous prêtres. L’aîné, Antonio, consacra sa vie entière au service des malades dans un hôpital. Le deuxième, le bienheureux Mannès, au contraire, a collaboré avec son petit frère, Domingo. Celui-ci, né le 24 juin 1170, vint réjouir le cœur de Jeanne qui, plus très jeune, avait fait un pèlerinage à l’abbaye bénédictine de Silos pour demander sur la tombe du fondateur, saint Dominique de Silos, protecteur des femmes enceintes, la grâce d’un autre fils pour perpétuer le nom de la famille. Mais le Seigneur accorde toujours infiniment plus que ce qu’on lui demande ! Les deux parents de saint Dominique sont cités par Dante : « Ô son père vraiment Félix (= heureux) ! Ô sa mère vraiment Jeanne (en hébreu Jean/Jeanne signifie “le Seigneur est sa grâce”, car elle a trouvé pleinement la grâce du Seigneur qui lui a donné un tel fils) ! »

Pendant que Jeanne attendait Dominique, elle rêva qu’elle portait dans son sein un chien, qui s’enfuit en tenant dans sa gueule une torche enflammée. La marraine, elle, vit son futur filleul avec une étoile sur le front. Elles ignoraient que le chien symbolisait la fidélité, la torche l’ardeur de la charité avec laquelle Dominique allait incendier le monde, l’étoile la splendeur de la vérité avec laquelle il allait éclairer les esprits obscurcis par l’erreur. Le chien, la torche et l’étoile devinrent ainsi les symboles de saint Dominique et des frères de son Ordre, vêtus de blanc et noir, chiens fidèles à Dieu.

Jeanne se montra toujours l’ange tutélaire de sa maison : première enseignante de ses fils, elle les éduqua à la sainteté et à la vertu. Elle confia Dominique encore enfant à son frère archiprêtre. Bien qu’elle eût espéré pouvoir choyer des petits-enfants, elle ne s’opposa pas au dessein de la Providence ni aux signes très précoces de la vocation de son fils. Dieu ne tarda pas à lui montrer les splendides fruits des graines qu’elle avait plantées dans leur cœur avec tant d’amour.

Mais après ses fils, les pauvres avaient la deuxième place dans ses préoccupations, au point qu’elle vit se multiplier miraculeusement ses aumônes quand elles n’étaient pas suffisantes. Ces signes de la Providence montrèrent aux yeux de tous la hauteur de perfection et d’intimité avec Dieu à laquelle Jeanne était arrivée.

Pour le reste, on n’a pas plus de détails historiques sur la vie de cette dame. Quand elle mourut, son fils Dominique s’était éloigné d’elle comme le chien du rêve, mais sa torche lumineuse commençait à resplendir dans le monde. Les malades, les pauvres et les affligés se mirent spontanément à l’invoquer comme une sainte devant ses reliques, conservées dans l’église paroissiale, obtenant ainsi grâces et protection [1].

Biographie du bienheureux Mannès

  • Naissance vers 1170
  • Décès en 1236 à Gumiel d’Izàn
  • Béatifié en 1834
  • Fête le 18 août

Remarquable par sa simplicité et sa sincérité, et adonné à la contemplation. Frère de saint Dominique, Mannès fut un de ses premiers disciples, recevant de ses mains l’habit en 1215. Il fut son inébranlable collaborateur dans la diffusion de l’Ordre, et pour évangéliser les cathares dans le Languedoc et un des fondateurs du couvent Saint Jacques à Paris en 1217. En 1219 Dominique lui confie la direction spirituelle du monastère de Madrid. Il fut un prédicateur ardent, doux, humble et jovial, et sage conseiller des moniales de Prouille. Âme de grande candeur, inclinée au silence et au recueillement, il fut appelé « le contemplatif ». Aux fatigues et aux sueurs, selon l’exemple de st Dominique, il ajouta les prières et les pénitences connues seulement de Dieu. Comblé de mérites, il mourut au monastère St Pierre de Gumiel où était le tombeau familial. Sa tombe fut illustre par des miracles [2].

Pourquoi Jeanne porte-t-elle un médaillon figurant un chien portant une torche ?

C’est l’application à S. Dominique, pour des questions d’homonymie probablement (Domini canus, Dominicus), d’une pieuse histoire racontée à propos de S. Bernard. On retrouve souvent le chien et la torche dans l’iconographie de S. Dominique. Voici le texte de la vie de saint Bernard :

« Sa mère, avant la conception, avait été l’objet d’une vision. Il lui semblait porter en son sein un petit chien qui tenait dans sa gueule une torche enflammée, puis sortant du ventre maternel, paraissait embraser le monde entier. Cela présageait qu’elle allait concevoir un remarquable prédicateur qui réveillerait les âmes endormies dans le péché par les aboiements de la science sacrée et répandrait dans l’univers le feu que le Seigneur Jésus vint apporter sur terre. »

Alanus, Vita secunda sancti Bernardi, PL CLXXXV, col. 470 D-471 A.

A droite : le bienheureux Réginald reçoit le scapulaire

Vitrail réalisé par l’entreprise Barelon. Aux côtés des jeunes gens comme Jourdain de Saxe qui ont constitué le premier groupe de frères autour de saint Dominique, c’est une personnalité connue qui a rejoint l’Ordre naissant en la personne de Maître Réginald d’Orléans, maître en droit canonique. Il est représenté ici comme un jeune homme, mais c’était probablement un homme d’au moins quarante ans. L’histoire de sa vision de la Vierge Marie lui remettant l’habit de l’Ordre, ou le scapulaire a beaucoup contribué à sa notoriété.

Biographie du bienheureux Réginald

  • Naissance vers 1175 à S. Gilles du Gard
  • Décès à Paris, le 1 février 1220
  • Culte confirmé en 1875 par Pie IX
  • Fête le 12 février

À 18 ans il vient à Paris où il fait de brillantes études et enseigne le droit canon de 1206 à 1211, puis il est nommé doyen de la collégiale Saint-Aignan d’Orléans. Les intérêts considérables du Chapitre de Saint-Aignan réclamaient à cette époque un homme expert dans l’art de la procédure. Réginald fut élu prévôt du Chapitre, mais rêvait de devenir pauvre et libre. En 1216, l’évêque d’Orléans, ayant fait vœu d’aller en pèlerinage aux Lieux Saints, le prend comme compagnon de voyage. À Rome, Réginald rencontra saint Dominique (c’est l’époque où st Dominique est auprès du pape Honorius III pour faire approuver son Ordre), et fut saisi par sa parole. Le plan du pauvre de Dieu, son zèle, son affranchissement vis-à-vis de toutes choses humaines, sa liberté pour l’œuvre de Dieu, son intelligence des besoins du temps et spécialement des milieux qu’avait fréquentés l’ancien professeur, c’était le rêve secret de Réginald réalisé… Du coup, il se met à l’entière disposition de st Dominique. Mais à peine Dominique l’a-t-il conquis, le voilà menacé de le perdre. Réginald tombe gravement malade. Pourtant dans la nuit une douce lueur : la Vierge Marie apparaît. Près d’elle, sainte Catherine et sainte Cécile. « Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai », dit la Vierge. Réginald s’en remet à son bon plaisir. Alors la Vierge fit des onctions sur ses membres malades, puis, des mains de Catherine prenant le scapulaire, elle dit à Réginald : « Voici l’habit de ton Ordre. » La Vierge disparut, Réginald se trouva guéri. Il fut aussitôt mis par st Dominique à la tête du couvent de Bologne.

A peine arrivé, il prêche et Bologne accourt. Diane d’Andalo, future fondatrice du monastère dominicain Sainte-Agnès de Bologne, est aussi retournée. Elle deviendra sa fille spirituelle et aidera à la mise en place du couvent des frères. En huit jours donc, par sa parole, Réginald a conquis la ville. L’université est entamée. Les maîtres et les étudiants s’empressent autour de sa chaire, plusieurs demandent l’habit de l’Ordre. En 1219, après trois ans en Espagne, saint Dominique retrouvait une communauté nombreuse et vivante, là même où quelques frères languissaient auparavant. Il envoie Réginald à Paris à l’automne de cette même année, mais Réginald dut renoncer à toute prédication. Il eut juste le temps de décider Jourdain de Saxe à entrer dans l’Ordre avant de mourir. Jourdain le raconte dans son Libellus « Frère Réginald, de sainte mémoire, s’en vint donc à Paris et se mit à prêcher avec une ferveur spirituelle infatigable, par la parole et par l’exemple, le Christ Jésus et Jésus crucifié. Mais le Seigneur l’enleva bientôt de la terre. Parvenu vite à son achèvement, il traversa en peu de temps une longue carrière. Enfin, il tomba bientôt malade et, arrivant aux portes de la mort charnelle, s’endormit dans le Seigneur et s’en alla vers les richesses de gloire de la maison de Dieu, lui qui, durant sa vie, s’était manifesté l’amant résolu de la pauvreté et de l’abaissement. Il fut enseveli dans l’église de Notre-Dame-des-Champs, car les frères n’avaient pas encore de lieu de sépulture.

La nuit même où l’esprit de ce saint homme s’envola vers le Seigneur, j’eus une vision. Je n’étais pas encore un frère selon l’habit, mais j’avais déjà émis ma profession entre ses mains. Je voyais donc les frères portés par un navire à travers les eaux. Puis le navire qui les portait coula ; mais les frères sortirent indemnes des eaux. J’estime que ce navire est frère Réginald lui-même, que les frères de ce temps, vraiment, considéraient comme le nourricier qui les portait.

Un autre eut également une vision avant la mort du frère. C’était une fontaine limpide qui se fermait ; deux autres jaillissaient aussitôt pour la remplacer. Je n’ose décider si cette vision disait vrai, car je suis trop conscient de ma propre stérilité. Mais je sais une chose, c’est qu’à Paris frère Réginald n’a reçu à la profession que deux personnes, dont je fus la première ; la seconde était frère Henri, le futur prieur de Cologne, l’ami le plus cher dans le Christ à mon affection singulière, je le crois, entre tous les mortels, vase d’honneur et de grâce, plus rempli de grâce qu’aucune créature que j’aie souvenir d’avoir aperçue dans la vie d’ici-bas. Puisque, dans sa maturité précoce, il s’est hâté de pénétrer dans le repos du Seigneur, il ne sera pas inutile de rappeler quel homme il fut et de quelles vertus. »

Jourdain se souvient de ces paroles de Réginald qui ont valeur de testament dans l’Ordre : « Je crois n’avoir aucun mérite à vivre dans cet ordre, répondit-il, car j’y ai toujours trouvé trop de joie. » Il meurt en odeur de sainteté. Son tombeau à Notre-Dame-des-Champs s’illustra de miracles et c’est là que commença son culte, qui fut confirmé en 1875.

« 56. La même année, maître Dominique se trouvait à Rome lorsqu’y parvint le doyen de Saint-Aignan d’Orléans, maître Réginald, qui se préparait à traverser la mer. C’était un homme de grande renommée, savant très docte, illustre par ses dignités, qui avait occupé cinq ans à Paris la chaire de droit canon. À peine arrivé, il tomba gravement malade. Maître Dominique vint lui rendre quelquefois visite. Quand il l’engagea à suivre la pauvreté du Christ et à s’associer à l’ordre, il obtint son consentement libre et plein d’y entrer, au point que maître Réginald s’y astreignit par vœu.
57. Or Réginald guérit de sa maladie grave et d’un péril presque désespéré, non sans l’intervention miraculeuse de la puissance divine. Car la Vierge Marie, reine du ciel, mère de miséricorde, vint à lui sous forme visible au milieu des ardeurs de la fièvre et frotta d’un onguent guérisseur qu’elle portait avec elle, ses yeux, ses narines, ses oreilles, sa bouche, son nombril, ses mains et ses pieds, en ajoutant ces mots : « J’oins tes pieds avec l’huile sainte, pour qu’ils soient prêts à annoncer l’Évangile de paix. » Elle lui fit voir en outre tout l’habit de notre ordre. Tout aussitôt il se trouva guéri et si subitement reconstitué dans tout le corps que les médecins, qui avaient presque désespéré de sa convalescence, s’étonnaient de constater les signes d’une guérison achevée. Dans la suite maître Dominique fit connaître publiquement ce remarquable miracle à bien des gens qui vivent encore. J’ai moi-même assisté naguère à Paris à une conférence spirituelle où il le raconta à un assez grand nombre de personnes. »

Jourdain de Saxe, Libellus sur les origines de l’ordre des Prêcheurs, 56-57.

Sur cette base de la vision de « tout l’habit de notre ordre », s’est développée l’image de la Vierge donnant le scapulaire à Réginald, reprise entre autres dans la Vie de saint Dominique, publiée par le P. Lacordaire en 1840.

3ème verrière : saints dominicains du XIIIe siècle

A gauche : saint Hyacinthe

Vitrail réalisé au couvent. Dans son livre sur le P. Danzas, le P. Berthier dévoile le modèle qui a inspiré ce vitrail : « Ailleurs nous verrons S. Hyacinthe représenté sous les traits du P. Hyacinthe Besson. Le P. Danzas aimait à rappeler ainsi les traits de ceux qu’il aimait [3]. » Le P. Besson, artiste lui aussi, était parmi les premiers compagnons de Lacordaire dans la restauration de l’Ordre, avec le P. Danzas.

Biographie de saint Hyacinthe (Jacek) Odrowąż de Pologne

  • Naissance vers 1183 à Kamień Śląski près d’Opole en Pologne
  • Décès 15 août 1257 à Cracovie
  • Canonisé en 1594
  • Fêté le 17 août

De famille noble, frère ou cousin du Bx Ceslas Odrowąż (fêté le 17 juillet), il étudia à Cracovie, Prague et Bologne, puis devint prêtre (et sans doute chanoine) à Cracovie. En 1218 son oncle Yves Konski, évêque de Cracovie, emmène ses deux neveux à Rome, et demande à saint Dominique des missionnaires pour son diocèse. Saint Dominique lui dit qu’il n’en a pas de disponibles mais qu’il peut en former sur place : Hyacinthe, Ceslas, et deux personnes de la suite de l’évêque, Hermann le Teutonique et Henri le Morave. Saint Dominique leur donne l’habit à Sainte-Sabine en mars 1218, ils font leurs vœux au bout de six mois de noviciat. Saint Dominique établit Hyacinthe supérieur de la mission, et pour respecter leur nouvelle règle, ils reviennent en Pologne à pied et sans provisions (donc pas avec l’évêque Yves). Passant en Haute-Carinthie, ils restent six mois et fondent à Friesach un couvent avec Hermann comme supérieur. Ils passent en Styrie, Autriche, Moravie, Silésie, puis arrivent à Cracovie où Hyacinthe fonde un couvent avec l’aide de son oncle. Beaucoup de gens entrent dans ce couvent, et Hyacinthe évangélise la population avec succès. Zèle et ascèse. La Sainte Vierge lui apparaît souvent.

Il envoie Ceslas et Henri à Prague où ils fondent le couvent Saint-Clément, et part lui-même évangéliser le Nord. Il fonde des couvents à Sandomir sur la Vistule ; à Ploko en Moravie ; dans une petite île déserte où plus tard sera construite la ville de Dantzig ; à Culm en Prusse (ennuis avec les Chevaliers Teutoniques) ; à Cammin, à Premislau, à l’île de Rugen, à Elbing, à Montréal en Poméranie. Il va aussi en Danemark, Suède, Gothie, Norvège, Écosse, Livonie, Petite-Russie, Constantinople, Chio, Grande-Russie (ou Moscovie), il construit un couvent à Kiev (1229-1233) mais doit fuir car les Tartares détruisent la ville (il emporte le Saint Sacrement), il revient à Cracovie (1241-1243), fait divers miracles, évangélise la Cumanie, la Tartarie, le Tibet, le nord de la Chine, la Volhynie, la Podolie, la Lithuanie, la Finlande. Le tout sans armes, sans monture, sans argent, sans interprète, sans fourrures, parfois sans guide, mais Dieu l’a protégé puisqu’il est revenu en bonne santé à Cracovie, âgé de plus de 72 ans.

Il mourut en disant le psaume « Entre tes mains Seigneur je remets mon esprit ». Quand il fut question de le canoniser, les témoignages attestèrent, rien que pour Cracovie, 50 résurrections, 72 agonisants rétablis en santé, et une infinité de malades guéris. Il a fondé la Province de Pologne mais ne voulut jamais être provincial ni évêque, il voulait être libre. Il traversa à pied sec les grands fleuves, et la Vierge Marie venait converser avec lui. Des témoins oculaires rapportent à son propos plusieurs prodiges comme la traversée miraculeuse de la Vistule sur sa chape, alors qu’il transportait l’Eucharistie et la statue de la Vierge. Ne cessant jamais de mener la vie austère et priante des premiers dominicains. Ne se déplaçant qu’à pied et vivant d’aumônes. « Il était humble, charitable, compatissant et avait des entrailles de père pour tous les hommes ». Il fut canonisé en 1594. Patron de la Pologne, Poméranie, Prusse, Lituanie, Russie, Cracovie, Kiev, Wroclaw ; on l’invoque pour le danger de noyade, contre la stérilité et pour avoir un accouchement facile. Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, obtient du roi Ladislas de Pologne une partie des reliques d’Hyacinthe qu’elle offre aux dominicains de la rue Saint-Honoré [4].


Au centre : saint Pierre de Vérone

Vitrail réalisé par l’entreprise Barelon.

Biographie de saint Pierre de Vérone, premier martyr dominicain

  • Naissance vers 1203 à Vérone
  • Décès le 6 avril 1252 près de Seveso
  • Canonisé en 1253 par Innocent IV
  • Fêté le 4 juin

Fils de cathares, il se convertit très jeune à la foi catholique. On dit que tout petit, malgré les réticences familiales, il récitait plusieurs fois par jour le Credo. À Bologne où il faisait ses études, il rencontra les Frères prêcheurs et reçut l’habit dominicain des mains de st Dominique, à l’âge de 16 ans.

Après son ordination, il prêcha surtout chez les cathares du nord de l’Italie, auprès desquels il pratiqua, à l’exemple de st Dominique, la méthode évangélique du dialogue.

Puis sa renommée augmenta et il fut choisi comme prieur à Asti, Plaisance, Gênes, Aoste, Iesi, Côme. Toutefois, presque toute son activité se déroulera principalement à Milan, où il finit par fonder le couvent Saint Pierre in Campo Santo.

Tout en luttant contre les croyances des cathares, il se consacra à la formation chrétienne des laïcs, à la diffusion du culte de la Vierge, et à la création d’institutions visant à la défense de l’orthodoxie catholique. Ses prédications, renforcées par de solides connaissances de la Bible, s’accompagnaient d’une vie d’ascèse et de charité, des miracles lui sont aussi attribués. Par un travail apostolique inlassable, il obtint de nombreuses conversions et fut aussi le promoteur d’Associations de la foi et de Confréries de louange de la Vierge Marie.

Á Florence, il noua de profondes amitiés avec les sept fondateurs de l’Ordre des Servites de Marie, et finit même par devenir leur conseiller.

Nommé inquisiteur de Lombardie en 1242, puis en 1251 inquisiteur pour Milan et Côme (en cette dernière ville il fut aussi élu prieur), il envoya au bûcher bon nombre de cathares et vit se concentrer sur lui la haine des ennemis de la foi catholique, ce qui lui fit dire qu’il s’attendait à mourir de mort violente. Et il avait raison, car le 6 avril 1252, jour de Pâques, il fut attaqué sur la route de Côme à Milan, en un lieu nommé Barlasina, par des assassins, notamment un certain Pietro de Balsamo, dit Carino, qui le blessa avec une serpe et le poignarda ensuite (par la suite, Carino se convertit). Avant de mourir, Pierre écrivit avec son sang le début du Credo. Son compagnon frère Dominique fut tué aussi.

Onze mois après sa mort, dès 1253, Innocent IV le canonisa, « pour exalter en lui le héros de la lutte contre l’hérésie cathare ». Dans sa Bulle de canonisation le Pape lui reconnaissait « dévotion, humilité, obéissance, bienveillance, piété, patience, charité » et le présentait comme un « amant fervent de la foi, son éminent connaisseur et son encore plus ardent défenseur ». Sa vie fut écrite quelques années après sa mort par un de ses anciens compagnons d’apostolat, frère Thomas de Lentini, prieur et fondateur du couvent de Naples, qui donna l’habit à saint Thomas d’Aquin.

Patron de Côme, Crémone, Modène, de la Lombardie ; des accouchées, des brasseurs à Cologne. Un des plus beaux éloges de cette vie a été écrit par Catherine de Sienne dans son Dialogue (2, 5) [5].


A droite : saint Raymond de Peñafort

Vitrail réalisé au couvent.

Biographie de saint Raymond de Peñafort

  • Naissance vers 1175 Villafranca de Penades (près de Barcelone)
  • Décès 6 janvier 1275 à Barcelone
  • Béatifié en 1542
  • Canonisé en 1601
  • Fêté le 6 janvier

Raymond de Peñafort, apparenté aux comtes de Barcelone et aux rois d’Aragon, étudia à Barcelone où, à peine âgé de 20 ans, il enseigna la rhétorique et la logique. En 1210, il partit à Bologne, la plus grande Université de Droit de son temps. Il fit la route à pied, par Arles, Briançon et Turin. Après avoir été reçu docteur (1216), il resta à Bologne où, pendant trois ans, il enseigna le droit canonique avec succès ; après avoir donné le dixième de son salaire au clergé de sa paroisse, il distribuait le reste aux pauvres, ne gardant pour lui que le strict nécessaire. L’évêque de Barcelone, Berenguer de Palou, qui passait par Bologne au retour d’un pèlerinage à Rome, entendit si fort chanter les louanges de Raymond qu’il le recruta pour le séminaire qu’il voulait fonder dans son diocèse, et l’emmena avec lui (1219). A Viterbe où résidait le pape Honorius III, ils rencontrèrent saint Dominique qui leur donna quelques frères. Raymond fut nommé chanoine de la cathédrale de Barcelone, puis prévôt du chapitre, archidiacre, grand vicaire et official (1220) ; outre qu’il fit donner une grande solennité à l’Ascension, il travailla fort au soin des pauvres qu’il nommait ses créanciers.
En 1222, à 47 ans, il quittait le clergé séculier pour les Dominicains, sans perdre pour autant son influence sur l’évêque et le diocèse de Barcelone. Voyant que ses supérieurs ne le traitaient pas comme les autres novices, Raymond demanda qu’on lui imposât une pénitence particulière pour les fautes commises pendant sa vie séculière ; c’est pour répondre à sa demande que le provincial lui ordonna d’écrire la Summa de pænitentia, premier ouvrage du genre, qui rassemble les cas de conscience à l’usage des confesseurs.

Préoccupé par l’islam, il encourage saint Thomas d’Aquin à écrire la Somme contre les Gentils ; et simultanément, lorsque saint Pierre Nolasque, ancien marchand, fonda l’Ordre de la Merci pour le rachat des chrétiens captifs des Sarrasins (1223), c’est Raymond qui donna l’habit et le scapulaire aux premiers mercédaires ; il rédigea aussi la règle de ce nouvel Ordre pour laquelle il obtiendra l’approbation du pape Grégoire IX (1235).

En 1229, le cardinal de Sainte-Sabine, Jean d’Abbeville, fut envoyé comme légat en Espagne pour prêcher la croisade contre les Maures, et mettre en application les décrets du quatrième concile du Latran ; il devait aussi déclarer nul le mariage de Jacques 1er d’Aragon avec Éléonore de Castille. Le légat s’adjoignit Raymond, et en rendant compte de sa mission au Pape, il mit en avant la coopération efficace de Raymond, qui fut chargé par Grégoire IX de prêcher dans les provinces d’Arles et de Narbonne la croisade dirigée par Jacques 1er pour chasser les Maures de Majorque.

L’année suivante, Grégoire IX l’appela à la cour pontificale et en fit son confesseur, puis son chapelain. Raymond refusa un évêché (1234), exténué il quitta Rome (1236) et rentra en Espagne. Lorsqu’il débarqua au port catalan de Tossa, on le conduisit près d’un mourant qui était dans le coma et dont les parents se désolaient qu’il ne pût se confesser. Raymond pria longtemps, puis lui demanda s’il voulait se confesser, mais pas de réponse. Il fit alors mettre en prière tous ceux qui se trouvaient là, puis reposa la question ; cette fois, le malade parut sortir d’un profond sommeil et dit que oui. Raymond fit sortir les assistants, entendit le malade qui, l’absolution dite, rendit paisiblement l’âme.

Il participa aux Cortès où Jacques 1er prépara l’expédition contre le royaume maure de Valence. En 1237, Grégoire IX le chargea d’absoudre Jacques 1er de son excommunication. Cette année-là, Raymond dut quitter un moment Barcelone puisqu’on le voit exercer les fonctions de pénitencier.

Après la mort en mer du Bx Jourdain de Saxe (12 février 1237), le chapitre général de l’Ordre, qui se réunit à Bologne en 1238, élut Raymond de Peñafort comme maître général (le 3ème) bien qu’il fût resté à Barcelone. Après avoir hésité, il finit par accepter son élection. Soucieux de conserver la régulière observance, dès le chapitre général de Paris (1239), il fit établir de nouvelles constitutions qui restèrent en usage jusqu’en 1924.

En 1240, prétextant son grand âge (65 ans), il demande à être relevé de la charge de Maître de l’Ordre, ce qui ne l’empêchera pas de mourir centenaire, et il retourna dans son couvent de Barcelone d’où il partit souvent pour de nombreuses prédications et pour conseiller le roi Jacques 1er. Il avait de l’amitié pour ce roi mais il était lucide sur ses faiblesses qu’il n’excusait pas. Vers la fin du règne de Jacques, Raymond l’accompagna dans l’île de Majorque qu’il fallait remettre en ordre. Or Raymond s’aperçut que le roi entretenait des relations coupables avec une dame de la cour et refusait de rompre. Le dominicain résolut donc de retourner à Barcelone, ce que voulut empêcher le roi qui interdit à tout vaisseau de l’embarquer. Aucun marin n’ayant osé désobéir au roi, Raymond dit au frère qui l’accompagnait : « Puisque les hommes n’ont pas de bateau à nous offrir, tu vas voir comment Dieu va nous en fabriquer un » ; il étendit sur l’eau son manteau et en redressa un coin avec son bâton pour en faire une voile ; il monta sur le manteau qui surnagea et s’avança rapide sous les yeux stupéfaits du compagnon qui, demeuré timidement sur le bord, le vit disparaître à l’horizon. Six heures après, Raymond débarqua dans le port de Barcelone, se revêtit de son manteau resté sec, alla au couvent et se jeta aux pieds du prieur pour lui demander sa bénédiction. Ce prodige inouï se répandit bientôt dans toute la ville, car plusieurs personnes avaient été témoins de son débarquement. Ce fut assez pour que le roi cesse ses désordres.

Raymond de Peñafort fit beaucoup l’apostolat auprès des juifs et des musulmans ; il fut aussi un adversaire efficace de l’hérésie en Catalogne et en Espagne, obtenant que Jacques 1er introduisît l’Inquisition en ses États. Pour former les missionnaires, il fonda quelques écoles de langues orientales comme l’école arabe de Tunis (1245) et l’école d’hébreu de Murcie (1266). Il employa les 35 dernières années de sa vie à se préparer plus spécialement à la mort et accueillit avec joie sa dernière maladie. Il mourut entouré des rois d’Aragon et de Castille.

Il brilla non moins par sa vaste science que par ses vertus ; il se fit même, dans l’enseignement du droit ecclésiastique, une réputation extraordinaire. Chargé par le pape des plus hautes missions apostoliques et scientifiques, il dépassa partout les espérances qu’on avait conçues de lui. Sa prière était continuelle et presque toujours accompagnée d’abondantes larmes. Notre-Seigneur lui avait donné pour familier un de ses anges qui le réveillait à propos, pour lui permettre de vaquer à l’oraison. Il ne montait jamais à l’autel sans avoir confessé ses plus légères fragilités. Il disait souvent : « Les jours où de graves empêchements m’ont privé de la sainte Messe ont toujours été pour moi des jours de deuil et d’affliction. »

Grégoire IX, qui savait détecter les gens intelligents, lui confie la rédaction d’une Somme des cas pénitentiaux, puis celle des Décrétales qui serviront de code de droit canonique à l’Église catholique jusqu’en 1917. Il fit solenniser davantage la fête de l’Annonciation. La plupart de ses ouvrages servirent longtemps de référence chez les Dominicains et à l’Université de Paris. Il s’agit moins de traités théoriques que de réponses pratiques à des questions concrètes ; Raymond de Peñafort, que ses contemporains ont appelé le « Doctor humanus », donne des jugements et des conseils où il se montre plus soucieux du bien des pénitents que du juste équilibre d’un traité de droit canon ; il est toujours nuancé, désireux de sauvegarder la bonne foi des autres, surtout des simples, alors qu’on pourrait les juger proches des courants hétérodoxes. Son mérite principal est de réaliser un ensemble équilibré de divers courants de pensée quant au renouveau de la vie chrétienne de son temps, spécialement à propos de la formation des prêtres en matière de vie morale, de doctrine et de prédication. « Vous n’ignorez pas que les chemins qui conduisent au ciel sont différents selon les vocations...Quand le ciel a montré la voie, il ne faut pas s’en écarter » (Lettre de Raymond à saint Pierre Nolasque). Patron des canonistes [6].

4ème verrière : saint Thomas d’Aquin

Saint Louis et saint Albert le Grand

Réalisé au couvent, la philosophie chrétienne qui le supporte étant l’œuvre du fr. Egidius. Dans cette verrière centrée sur saint Thomas, les saints qui l’entourent sont ceux qui l’ont entouré dans sa vie. Ici le roi saint Louis, qui était proche des dominicains installés à Paris à partir de 1217, et saint Albert le Grand qui fut l’un des maîtres de saint Thomas d’Aquin.

Saint Louis de France

  • Né le 25 avril 1215 à Poissy
  • Décès le 25 août 1270 à Tunis

Petit fils de Philippe Auguste, saint Louis est né la même année que l’Ordre dominicain, en 1215. Il a eu des relations proches avec les franciscains, dont il a rejoint le Tiers Ordre et avec les dominicains tout au long de sa vie. Voici ce qu’en disent les Petits Bollandistes [7] :

« Il avait beaucoup d’affection pour les religieux de Saint-Dominique et de Saint François, qu’il regardait comme des instruments sacrés dont la divine Providence voulait se servir pour le salut d’une infinité d’âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ. Il les invitait même quelquefois à dîner avec lui, surtout saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, deux des plus excellentes lumières de l’Église, dont les pieux et savants entretiens lui donnaient une joie et une consolation merveilleuse.

La religion de ce grand prince parut encore d’une manière admirable dans le zèle qu’il déploya pour faire venir dans son royaume la couronne d’épines de Notre-Seigneur. Il l’envoya chercher à Constantinople par le frère Jacques et le P. André le Lonjumeau, de l’Ordre de Saint-Dominique, et la fit conduire jusqu’à Venise, parce qu’elle avait été engagée aux Vénitiens pour un prêt d’argent fort considérable. Ensuite, il la racheta de leurs mains, en leur payant le prix de l’engagement. Ayant reçu des avis officiels, Louis IX, dans les premiers jours d’août 1239, partit de Vincennes avec les reines Blanche et Marguerite, les comtes d’Artois, de Poitiers, d’Anjou, ses frères, l’archevêque de Sens, Bernard, évêque du Puy, plusieurs autres prélats et une foules de princes et de hauts barons. A Villeneuve l’Archevêque, à cinq lieues de Sens, ce noble et brillant cortège rencontra la religieux et leur nombreuse suite ; car les populations, sachant ce qu’avec eux ils rapportaient en France, s’étaient empressées de les suivre, avec la résolution de ne retourner au pays que lorsqu’elles auraient vu et adoré les sacrés vestiges de la passion de l’Homme-Dieu. C’était le 10 août, fête de saint Laurent. Le P. André et le frère Jacques présentèrent au monarque, à la reine son épouse, à la reine sa mère et au fils de France qui les accompagnait, la triple caisse couverte des sceaux des seigneurs français et du doge de Venise, Jacques Tieopolo. »

Biographie de saint Albert le Grand (Albert de Bollstädt)

  • Naissance à Lauingen (Bavière) vers 1193 ou vers 1206
  • Décès à Bologne, le 15 novembre 1280
  • Béatifié en 1622
  • Canonisé en 1931
  • Fêté le 15 novembre

De famille riche, il fut étudiant à Padoue. À l’âge de 30 ans, comme il hésitait, la Sainte Vierge lui dit : « Quitte le monde et entre dans l’Ordre de saint Dominique », et malgré les résistances de sa famille, il entra au noviciat des Dominicains en 1223.

  • 1243-1244 : il enseigne à Paris au collège des Dominicains. St Thomas d’Aquin fut un de ses premiers élèves.
  • 1245 : maître en théologie.
  • 1248 : recteur de théologie à Cologne. St Thomas d’Aquin est toujours son élève (ce jeune religieux, déjà tout plongé dans les plus hautes études théologiques, était silencieux parmi les autres au point d’être appelé par ses condisciples « le bœuf muet ». Mais Albert les fit taire en disant : « Les mugissements de ce bœuf retentiront dans le monde entier. ») De Cologne, Albert fut appelé à l’Université de Paris. C’est là que son génie parut dans tout son éclat et qu’il composa un grand nombre de ses ouvrages.
  • 1254 : il est nommé provincial d’Allemagne ; il dit adieu, sans murmurer, à sa cellule, à ses livres, à ses nombreux disciples, et voyage sans argent, toujours à pied, à travers un immense territoire, pour visiter les nombreux monastères soumis à sa juridiction.
  • 1260 : il doit obéir au pape et accepter, en des circonstances difficiles, le siège épiscopal de Ratisbonne ; là, son zèle infatigable ne fut récompensé que par de dures épreuves où se perfectionna sa vertu. À son arrivée dans son diocèse, il portait, par humilité, des chaussures de paysan, si usées qu’on le surnomma “évêque Godasse”. Il résilie cette charge au bout de deux ou trois ans.
  • 1263-1264 : il prêche la septième croisade en Bohême et en Allemagne.
  • 1264-1266 : il enseigne à Würzburg, puis à Strasbourg.
  • 1269 : le pape l’autorise à rentrer dans la paix de son couvent de Cologne.
  • 1280 : il meurt à Cologne, âgé de 87 ans, il est enterré dans l’église des Dominicains.

Déjà de son vivant, on l’appelait Albert le Grand.

On s’étonne que, parmi tant de travaux, de voyages et d’œuvres de zèle, Albert ait pu trouver le temps d’écrire sur les sciences, la philosophie et la théologie des ouvrages qui ne forment pas moins de 21 volumes in-folio, et on peut se demander ce qui a le plus excellé en lui du savant, du saint ou de l’apôtre.

Frère Albert de Cologne passait pour l’homme le plus savant de son temps ; on disait qu’il n’ignorait rien de ce qui pouvait alors être connu : philosophie, théologie, physique, biologie... Loin de l’égarer ou de le couper de ses contemporains, ce savoir encyclopédique fut pour lui un chemin de sainteté, car il le consacra tout entier au service de la vérité de la foi au Christ.

Par ses livres, par son enseignement dans les universités de Paris ou de Cologne, il a voulu réaliser la synthèse de toutes les découvertes scientifiques de la renaissance médiévale du XIIIe siècle avec la tradition de l’Église.

Découvrant les ouvrages grecs (Aristote) et arabes (Avicenne), il les étudie avec passion. Dans ses commentaires de l’œuvre d’Aristote, il consigne déjà ses désaccords avec les vues de celui-ci dans le domaine scientifique.

Mais il fait plus : il entreprend une encyclopédie d’ambition comparable, le De animalibus. Ce vaste traité, achevé vers 1270, comprend 26 livres. Les 19 premiers sont des commentaires de l’œuvre d’Aristote, les suivants sont consacrés aux animaux qui marchent, volent, nagent et rampent dans une classification inspirée de Pline l’Ancien. Dans ces derniers livres, il puise largement dans les matériaux du Liber de natura rerum de Thomas de Cantimpré. Cette œuvre qui restera isolée dans son temps tranche sur celles de ses prédécesseurs comme Isidore de Séville et comprend beaucoup plus de descriptions fondées sur des observations réelles. Il n’empêche que pour encore longtemps la zoologie restera une branche de la théologie dans laquelle les animaux seront étudiés pour les symboles divins qu’ils véhiculent.

Albert le Grand écrit également des encyclopédies semblables pour les minéraux et pour les végétaux. Ce dernier ouvrage comprend par exemple une étude sur les effets respectifs de la lumière et de la température sur la croissance des végétaux, ainsi que la question des greffes. Ces œuvres sont riches en enseignements historiques. Étant l’un des premiers à recevoir, commenter et enseigner les textes d’Aristote, il permet ainsi une première diffusion en Occident des philosophies grecques et arabes, et les confronte avec la doctrine chrétienne. Il sera vite relayé par son disciple Thomas d’Aquin [8].


Saint Thomas d’Aquin

Réalisé par Barelon ainsi que les deux personnages qui le supportent, la philosophie païenne et la synagogue, les yeux bandés. En revanche, les archives précisent que « le médaillon de saint Thomas recevant des anges le cordon est le coup d’essai du fr Egidius, il l’a peint à Grigny, chez Barelon. »

Biographie de saint Thomas d’Aquin

  • Naissance à Roccasecca vers 1225
  • Décès à Fossanova 7 mars 1274
  • Canonisé en 1323
  • Fêté le 28 janvier

L’un des plus illustres membres de l’Ordre dominicain. De la famille des comtes d’Aquino (Italie du sud), Thomas fit ses études d’abord à l’abbaye de Monte Cassino où il était oblat (de 5 à 14 ans), puis à Naples (de 14 à 19) ; après son entrée dans l’Ordre des Prêcheurs en 1244, il compléta ses études principalement sous la direction de saint Albert le Grand à Cologne. Il fit aussi trois séjours à Paris, au couvent Saint-Jacques.

Sa vie d’étudiant puis de professeur fut toute simple, mais son œuvre est impressionnante. On venait alors de redécouvrir la philosophie d’Aristote. Par son rationalisme, par certaines de ses conclusions, elle semblait incompatible non seulement avec la théologie traditionnelle d’inspiration augustinienne, mais encore avec la foi. Thomas sut faire une synthèse équilibrée entre Aristote et Augustin. L’Ordre reconnaît en lui un maître et un modèle pour œuvrer à une meilleure intelligence de la Parole de Dieu.

Le génie n’explique pas à lui seul un tel chef-d’œuvre ; s’il est parvenu à réconcilier la raison et la foi, c’est que Thomas était aussi un saint, un contemplatif. Il est resté toute sa vie rigoureusement fidèle aux Constitutions de l’Ordre ; le service de la Parole dans la pauvreté mendiante prit pour lui la forme d’un labeur théologique incessant, conduit par la recherche contemplative de Dieu et le désir de la partager.

Il mourut alors qu’il se rendait au concile de Lyon. Sa fête est le jour anniversaire de la translation de ses reliques, le 28 janvier 1369, dans l’église des Jacobins de Toulouse. Elles y demeurèrent jusqu’à la Révolution française, et retrouvèrent leur place en 1974 après la restauration de cette église. Patron de la science catholique, des écoles catholiques, des théologiens, philosophes, étudiants, libraires. Docteur de l’Église [9].


Saint Augustin et saint Bonaventure

Réalisé au couvent. Le panneau de la théologie et les deux petits anges de Fiesole sont du fr. Egidius.

Saint Augustin est représenté dans l’entourage de saint Thomas car il constitué pour lui une référence comme pour tous les théologiens du Moyen Age, même si saint Thomas développe sur certains sujets une approche différente de la théologie. Saint Bonaventure est chez les franciscains l’exact contemporain de saint Thomas. Ils ont enseigné au même moment à Paris, et sont morts à quelques mois d’écart en 1274 à l’occasion du concile de Lyon, S. Thomas sur la route qui l’y conduisait et S. Bonaventure à Lyon, durant le concile.

Biographie de saint Augustin

  • Né le 13 novembre 354
  • Mort le 28 août 430
  • Fêté le 28 août

Né à Tagaste (actuellement Souk-Ahras, Algérie) le 13 novembre 354 d’un père incroyant et d’une mère chrétienne, sainte Monique. Brillant étudiant, il a une jeunesse dissipée, et a eu un enfant, Adéodat, d’une femme qu’il n’a pas épousée. En 383, il vient à Rome, puis enseigne la rhétorique à Milan.

Converti, baptisé par saint Ambroise à Pâques 387, il retourne en Afrique.

Ordonné prêtre en 391, évêque d’Hippone (près de l’actuelle Bône, Algérie) en 396, il est l’un des plus grands théologiens chrétiens. Durant toute sa vie, il n’a cessé d’écrire, soit pour répondre à des questions qui lui étaient adressées, soit pour réfuter des doctrines contraires à la foi chrétienne (manichéisme, donatisme, pélagianisme). Il a également laissé un grand nombre de commentaires de textes bibliques, prêchés devant ses fidèles d’Hippone.

Il meurt au moment des invasions barbares en Afrique, le 28 août 430. Son influence sur la théologie chrétienne occidentale est considérable, et un maître médiéval comme saint Thomas en fait l’auteur le plus cité dans son œuvre, même si sur certaines questions il sait se distinguer de lui.

Biographie de saint Bonaventure

  • Né entre 1217 et 1221 à Bagoregio
  • Mort le 13 juillet 1274 à Lyon
  • Canonisé le 14 avril 1282 par Sixte IV
  • Déclaré docteur de l’Église en 1587 par Sixte V.
  • Fêté le 15 juillet.

Il est le grand théologien franciscain contemporain de saint Thomas d’Aquin. Fils de médecin, Jean Fisanza fut guéri d’une grave maladie quand sa mère fit un vœu à saint François qui venait d’être canonisé. On l’envoie étudier les lettres et les arts à l’Université de Paris. C’est là que, impressionné par l’exemple de l’un de ses maîtres, il entre chez les frères mineurs (franciscains), à 22 ans, prenant le nom de Bonaventure. Il gravit sans peine le cursus des études théologiques et commence à enseigner de 1248 à 1257. En 1257, il est élu ministre général de l’Ordre et se met à parcourir l’Europe. Il a fort à faire pour maintenir l’unité de cet Ordre devenu si grand, car il n’est pas simple de faire suivre à 35.000 frères la règle de vie élaborée par saint François pour quelques disciples. Des aménagements s’imposent. Mais il sait allier la fermeté dans l’autorité et la compréhension à l’égard de tous ses frères, tout en demeurant d’une affectueuse humilité avec tous. En plus de sa charge, il mène de front une vie de prédicateur, d’enseignant et d’écrivain. Il se voit confier par le Pape des missions diplomatiques, en particulier pour le rapprochement avec l’Église grecque. En 1273, le pape Grégoire X le crée cardinal et le charge de préparer un second concile de Lyon. C’est dans cette ville que frère Bonaventure meurt en plein concile.

Ses œuvres les plus connues sont sa Vie de saint François, et le Breviloquium, petit ouvrage qui résume sa théologie.

5ème verrière : papes et évêques dominicains

S. Jean Dominici

Réalisé au couvent. Une note dans les archives conventuelles précise : « Médaillons trop rouges à cause d’une couleur qu’on ne connaissait pas bien. »

Biographie de S. Jean Dominici

  • Naissance à Florence en 1357
  • Décès à Budapest en 1419
  • Béatifié : culte approuvé en 1832.
  • Fêté le 10 juin

D’une famille pauvre et pieuse, il fréquentait souvent l’église des dominicains de Florence, et à 17 ans il entra dans leur couvent. Après sa profession il s’appliqua à l’étude : comme il passait son temps à travailler et à prier, ne prenant qu’un minimum de nourriture et de sommeil, il faisait des progrès étonnants. Il devint si bon théologien que les supérieurs voulaient qu’il se fît recevoir docteur, titre qu’il refusa par humilité. Il était en 1387-1399 à Venise, où il ouvrit en 1395 le monastère de Dominicaines Corpus Christi, puis fut jusqu’à 1406 prédicateur à Florence. Légèrement bègue et devenu excellent orateur, il obtint des succès remarquables, il prêchait souvent jusqu’à cinq fois par jour, et opéra de nombreuses conversions dans toutes les classes, notamment saint Antonin, futur archevêque de Florence.

Il réforma les monastères, qui en avaient bien besoin ; il en fonda plusieurs dans lesquels il établit une régularité parfaite, afin qu’ils pussent servir de modèle aux autres. Il devient prieur du couvent de Fiesole, qu’il avait fondé.

Le pape Boniface IX, ayant publié une croisade contre Bayezid I, qui menaçait la chrétienté, chargea en 1394 le P. Jean Dominici de la prêcher dans diverses provinces d’Italie ; mais cette croisade n’eut pas lieu, à cause de la division que le grand schisme d’Occident mettait parmi les princes chrétiens.

En 1406, Grégoire XII le fit venir auprès de lui comme conseiller, pour l’aider à pacifier l’Église, et le nomma archevêque de Raguse (Dubrovnik), puis cardinal en 1408. On l’accusa d’avoir profité de l’amitié du pape pour obtenir des honneurs, mais il ne fut pas plus ébranlé par ces calomnies qu’il ne l’avait été par les éloges.

L’empereur Sigismond désira que le cardinal fût chargé de faire recevoir en Bohême les décrets du concile et de ramener les Hussites à l’unité catholique. En conséquence, en 1417-1419 le pape Martin V le chargea de cette mission, et Jean partit aussitôt pour ce royaume, désolé par les révoltes et les cruautés des disciples fanatiques de Jean Hus. Voyant que ses efforts étaient sans résultat, il passa en Hongrie, où il espérait plus de succès, et il se trouvait à Budapest lorsque Dieu lui fit connaître que sa fin était prochaine.

Il demanda à être enterré sans cérémonie et comme un simple religieux, chez les frères de Saint-Paul-Ermite.

Le Bx Jean Dominici a laissé des Commentaires sur divers livres de l’Écriture sainte, et un livre de piété qui fut accueilli avec beaucoup de ferveur lors de sa publication [10].

En médaillon, deux dominicains, non béatifiés, Hugues de Saint Cher et Pierre de la Palud, ayant marqué l’histoire lyonnaise.

  • Hugues de Saint-Cher, provincial de France. Premier cardinal dominicain en 1244, il est intervenu au premier concile de Lyon de 1245 et il est décédé le 19 mars 1263. Il est l’auteur de la première concordance biblique. Comme cardinal, il porte un chapeau rouge.

  • Pierre de la Palud, dominicain de Lyon décédé en 1342, Patriarche de Jérusalem, théologien de grand renom. Comme archevêque, il porte un chapeau vert.

Hugues de Saint Cher

  • Né vers 1200 à Vienne, Isère
  • Décès le 19 mars 1263 à Orvieto

Entré dans l’Ordre en 1225 au couvent Saint-Jacques fondé à Paris huit ans plus tôt, il est élu très rapidement provincial de France. Très actif dans le travail biblique de cette première génération dominicaine, il s’est consacré avec d’autres frères à l’établissement d’un texte biblique fiable et d’une concordance.

Le 28 mai 1244, le pape en fait le premier cardinal dominicain, attaché à Sainte-Sabine, la basilique romaine qui est toujours le siège de la curie généralice de l’Ordre.

En 1245 il participe au premier concile de Lyon, et, en tant que légat du pape, officialise la pratique de la Fête Dieu à Liège.

Pierre de la Palud

  • Né vers 1275 dans la Bresse
  • Décès en 1342 à Paris

Entré dans l’Ordre dominicain à Lyon, il reçut le grade de Maître en théologie à Paris en 1314, charge que Maître Eckhart venait d’assurer pour la seconde fois, de 1311 à 1313. Malgré son goût pour l’étude de la théologie, le Pape l’appelle à Avignon en 1329 et le fait patriarche de Jérusalem. Lors d’un voyage en Egypte, il tente de négocier, sans succès la libération de Jérusalem.

Pierre de la Palud revient à Paris et reprend ses études. Il publie des commentaires de la Bible et une concordance de la Somme de théologie de S. Thomas.

En 1332, il participe, à la demande de Philippe le Bel à une commission de théologiens chargée d’évaluer une opinion attribuée au pape Jean XXII selon laquelle les âmes des défunts ne peuvent avoir part à la vision béatifique avant le jugement dernier, ce qui n’était pas l’opinion traditionnelle dans l’Église. La commission rend un avis plein de prudence, en soulignant que c’est une opinion rapportée par le pape et non pas énoncée par lui comme vraie, et en revenant à l’opinion traditionnelle selon laquelle les âmes des saints et celles qui ont été purifiées au Purgatoire ont accès à une participation à la vision béatifique.

Sources :

  • Jacques Quétif-Jacques Echard, Script. Ord. Prœd., vol. I, p. 603 (Paris, 1719)
  • Antoine Touron, Histoire des hommes illustres de l’Ordre de S. Dominique, vol. II (Paris, 1745), p. 223

Le vitrail des papes

Vitrail réalisé au couvent. Une note dans les archives conventuelles précise : « trop cuit, teinte pâle. » Il représente les trois papes dominicains canonisés ou béatifiés, avec en médaillon Benoît XIII, qui ne l’a pas été : au centre S. Pie V, avec en retrait les bienheureux Benoît XI et Innocent V.

Biographie de S. Pie V, (Antonio Michele Ghislieri)

  • Naissance le 17 janvier 1504 à Bosco Marengo dans le Piémont
  • Décès le 1 mai 1572 à Rome
  • Pape de 1566 à 1572
  • Canonisé en 1712
  • Fêté le 30 avril

C’était un petit berger gardant les moutons dans la campagne lombarde. La générosité d’un voisin l’envoie à l’école chez les dominicains. À 14 ans, il entre dans l’Ordre sous le nom de frère Michel. En 1550, il est nommé inquisiteur dans un diocèse très exposé à la prédication protestante. C’est dans cette fonction épineuse qu’il se créa, en défendant les droits de l’Église, des ennemis implacables. Il dut aller à Rome justifier sa conduite. Les dominicains du couvent de Sainte-Sabine, le voyant arriver avec un extérieur négligé, lui firent mauvais accueil ; le supérieur alla même jusqu’à lui dire avec raillerie : « Que venez-vous chercher ici, mon Père ? Venez-vous voir si le collège des cardinaux est disposé à vous faire pape ? » Le religieux peu charitable ne se doutait pas qu’il prédisait l’avenir ! Le cardinal Caraffa, lui, reconnut sous cet extérieur modeste une grande âme destinée par Dieu à combattre vaillamment l’hérésie ; et plus tard, quand il fut devenu pape sous le nom de Paul IV, il donna en 1556 l’évêché de Sutri à Michel Ghislieri, chez qui on vit briller toutes les vertus apostoliques, surtout l’amour des pauvres et des humbles.

En 1557 il devient cardinal. À l’âge de 62 ans, il devient le 223ème pape, le troisième pape dominicain, grâce à l’opiniâtreté de saint Charles Borromée, archevêque de Milan qui sera d’ailleurs l’un de ses plus fidèles collaborateurs. Il garde son habit blanc de dominicain, d’où l’habit blanc des papes. Son pontificat de 6 années (1566-1572) exercera une influence profonde sur la vie de l’Église : il sera marqué par la victoire de Lépante, la dévotion au Rosaire, la publication du Missel et du Bréviaire romain, du Catéchisme du Concile de Trente. Pie V consacrera son pontificat à l’application de la Réforme Catholique définie au Concile de Trente, dans toute l’Église, avec une attention particulière pour les diocèses du Nouveau Monde. Les prêtres doivent donner l’exemple de la pureté des mœurs et du dévouement. Il combat passionnément la simonie et promeut le célibat. Les laïcs doivent fréquenter les sacrements et s’instruire dans la foi. Pour favoriser cette restauration de la piété, le pape fait refondre le missel, achever et traduire en plusieurs langues nationales le catéchisme officiel. Il encourage les théologiens, crée la Congrégation de l’Index pour protéger les fidèles contre les thèses hérétiques. Il n’hésite pas à excommunier la reine d’Angleterre Elizabeth 1ère. Il appelle les princes chrétiens à une croisade contre les Ottomans musulmans qui, un siècle plus tôt, avaient anéanti l’Empire chrétien d’Orient. La flotte turque, réputée invincible, sera écrasée à Lépante le 7 octobre 1571, victoire dont il eut la révélation à l’heure même où elle fut remportée, et qui fut à l’origine de la fête du Rosaire.

Toute sa vie, il sera fidèle à ses vœux religieux et gardera la pauvreté jusque dans les fastes pontificaux. En mourant il dit aux cardinaux : « Je vous recommande la Sainte Église que j’ai tant aimée ». Son visage austère présente un type de spiritualité assez différent de la jovialité de son contemporain st Philippe Néri, dont l’alacrité faisait alors la conquête de Rome [11].

Biographie de Benoît XI, (Nicolas Boccasini)

  • Naissance en 1240 à Trévise
  • Décès en 1304 à Pérouse
  • Pape de 1303 à 1304
  • Béatifié le 24 avril 1736 par le pape Clément XII
  • Fêté le 7 juillet

Représenté par Fra Angelico dans les médaillons de la crucifixion, salle capitulaire, S. Marco, Florence.

Il a été le 9e maître de l’Ordre, puis évêque d’Ostie avant d’être pape.

Adroit, conciliant, diplomate, légat dans les Balkans. On a de l’Église de Perse une lettre écrite pour son élection, où le pape est reconnu comme chef universel. Il contribua à l’affermissement de la paix dans l’Église, au rétablissement de la discipline et à la propagation de la foi. Il mourut au bout de huit mois de pontificat. Culte autorisé par Clément VII [12].

Notice complète dans les Petits Bollandistes

Biographie de Innocent V, (Pierre de Tarentaise)

  • Naissance vers 1225, à Friburge ou à Champagny en Savoie
  • Décès le 22 juin 1276, à Rome, après cinq mois de pontificat
  • Béatifié par Léon XIII en 1898
  • Fêté le 23 juin

Il a été provincial et archevêque de Lyon.

Représenté par Fra Angelico dans les médaillons de la cucifixion, salle capitulaire, S. Marco, Florence.

Il entra peu après 15 ans au couvent dominicain Saint-Jacques à Paris, où il fut l’élève de saint Albert le Grand et le camarade de deux futurs saints : Thomas d’Aquin (dominicain) et Bonaventure de Bagnoregio (franciscain). Il devint maître en théologie, brillant enseignant et prédicateur (« doctor famosissimus »), successeur de Thomas d’Aquin à la chaire de théologie. Il fut deux fois provincial de France.

Après presque 30 ans à Paris, il fut nommé en 1272 archevêque de Lyon, puis cardinal, avec la charge de préparer, en collaboration avec Bonaventure, le concile œcuménique Lyon II en 1274, où se réunirent 500 évêques et abbés. Bonaventure mourut pendant ce concile, et Pierre de Tarentaise prononça son éloge funèbre, arrachant des larmes à toute l’assistance. Autre tristesse : Thomas d’Aquin mourut en route alors qu’il allait au concile. L’assemblée aborda le problème de l’usure, décrétant l’excommunication des usuriers et de ceux qui leur louent des locaux. Elle accueille une délégation non chrétienne, venue du royaume des Tartares, et Pierre de Tarentaise baptise deux délégués. Il s’occupe de la discipline dans les Ordres religieux et de l’élection du pape. En outre, devant le pape et le concile, le Patriarche de Constantinople et les évêques arrivés avec lui chantèrent le Credo catholique, renièrent le schisme de 1054 et reconnurent la primauté du pape. C’est le point culminant du concile, mais ça ne va pas durer. Les travaux terminés en juillet 1274, Grégoire X tombe malade, il prend la route de l’Italie et meurt à Arezzo le 10 janvier 1276.

Onze jours après, au conclave qui eut lieu dans cette ville (ce fut le premier conclave), Pierre fut élu à l’unanimité des 13 cardinaux présents, et devint le 183ème pape, le premier pape dominicain, sous le nom d’Innocent V. Il rejoignit aussitôt le siège romain, avec un programme inspiré du concile : renforcer la paix avec l’Orient, discipliner les Ordres religieux, prendre Jérusalem aux Turcs. À ses frères dominicains réunis au Capitole, il écrivit une lettre affectueuse où il rappelait avoir savouré avec eux les délices de la sainte pauvreté.

Il s’adressa aux princes et aux prélats grecs et latins pour les amener à prendre les armes pour délivrer la Terre sainte. Mais en Orient la paix religieuse de Lyon fut aussitôt repoussée : ennemis comme avant. Puis, comme tant d’autres pontifes avant et après, Innocent est chef de l’Église, mais aussi souverain d’un territoire. Comme chef de l’Église, il cherche l’amitié et l’aide de l’empereur Michel pour la croisade ; mais comme chef d’État il doit au contraire protéger et favoriser le pire ennemi de Michel : Charles d’Anjou, roi de Sicile, personnage déloyal, mais aussi le seul en Italie qui ait une armée capable de défendre les territoires du pape - ou de les attaquer, éventuellement.

Homme de médiation, Innocent s’emploie à pacifier les cités italiennes divisées entre guelfes et gibelins, et obtient de bons résultats en Toscane. Il resta confiant dans la paix entre les Églises, envoyant des instructions à Constantinople pour la prédication et la liturgie, dans une lettre datée du 25 mai 1276. Il mourut peu après, le 22 juin, alors que l’Église et l’Ordre attendaient tant de lui. Dans ce bref pontificat de 4 mois, il déploya une activité prodigieuse, essayant surtout de réaliser l’union avec les Églises séparées de Rome.

Il fut enseveli à Saint Jean de Latran, mais ses restes furent dispersés par un tremblement de terre au 18ème. Innocent était un théologien remarquable, il a laissé d’aussi profondes traces dans la science que dans la papauté. Dans ses écrits scolastiques et exégétiques se montre déjà la transition de l’augustinisme à l’aristotélisme [13].

Biographie de Benoit XIII (Pietro Francesco Orsini)

  • Né le 2 février 1649 dans les Pouilles
  • Décès le 21 février 1730 à Rome

Issu d’une famille célèbre, Pietro Francesco Orsini est entré dans l’Ordre dominicain en 1667. Il est nommé cardinal, à 23 ans, par son parent le pape Clément X. Successivement évêque de Manfredonia (1675), puis de Cesena en Romagne (1680), puis archevêque de Bénévent en 1686.

C’est en 1724 qu’il est élu pape, à 75 ans. Il exercera cette charge avec une grande humilité, vivant dans l’austérité, et luttant pour la rectitude de vie des membres de la curie. Il a été un des adversaires du jansénisme.

Un procès de béatification a été ouvert à son sujet.


S. Antonin de Florence

Vitrail réalisé au couvent.

Biographie de saint Antonin

  • Naissance le mars 1389, Florence
  • Décès le 2 mai 1459, Florence
  • Canonisé en 1523
  • Fête le 2 mai depuis 1969 (le 10 mai entre 1683 et 1969).

Antonino (diminutif d’Antonio, car il était de petite taille), fils unique de Nicolas Pierozzi (notaire) et de Thomassina, voulut entrer à quinze ans chez les dominicains de Fiesole. Le supérieur, voyant cet enfant si délicat, craignit qu’il ne pût s’astreindre aux austérités de la règle :
« Qu’étudiez-vous ? dit-il à Antonin.
— Le droit canonique.
— Eh bien ! ajouta le religieux pour le décourager, quand vous saurez le droit par cœur, nous vous recevrons. »

Un an après (en 1407) Antonin revenait, possédant toute la science demandée, et les dominicains l’acceptèrent ! Devenu prêtre (1413), il prêche en 1414 à Cortone, puis à Fiesole et à Foligno. Le pape Nicolas V le jugeait digne d’être canonisé dès le temps de sa vie. Zèle, courage, ascèse. Aux offices il ajoute celui de la Vierge et celui des morts, et parfois tout le psautier. Il disait la messe chaque jour, prêchait souvent et avec succès, partageait les services les plus humbles du couvent.

Il remplit de nombreuses charges : 1432-1445 vicaire des Observants (courant dominicain réformateur) et prieur des couvents de Fiesole 1421, Cortone 1418, Gaeta, Florence (fonde St Marc 1436), Sienne, Pistoia, Naples 1428, Rome 1430, où il œuvra avec zèle à la réforme de l’observance. Provincial de la province de Rome. Il se fit remarquer par sa vie simple et sa charité, il était d’accès facile pour les gens ayant besoin de lui, mais évitait les femmes. Le dimanche il prêchait dans les églises de la ville. Il débarrassa Florence de l’usure, de la magie, des charlatans et des comédiens, lutta contre les jeux d’argent et chassa les bavards des églises. Il donnait presque tout son argent aux pauvres, vendant ses meubles, livres, habits. Il visitait les pestiférés. Il guérissait des malades et faisait divers miracles. Il fonda une confrérie pour aider les pauvres et les jeunes filles sans dot. Il a gagné l’estime du peuple par l’énergie et les ressources qu’il a dépensées pendant l’épidémie de peste et le tremblement de terre (1453).

En 1446, sur la suggestion de Fra Angelico (ils étaient amis) il fut nommé archevêque de Florence et le resta jusqu’à sa mort. C’est lui qui dirigea les travaux du Bx Fra Angelico qui, par ses fresques, ornait de prière méditative les cellules de ses frères au couvent Saint Marc, leur faisant ainsi partager sa vie spirituelle. Après avoir travaillé à la réforme de l’Ordre des Prêcheurs, il se dévoua à sa charge pastorale avec vigilance et se distingua par sa sainteté, et par l’ordre et l’utilité de sa Somme de théologie morale, un traité de théologie morale et pratique sur toutes les questions de la société de son temps. Il y réfute, selon Max Weber, l’argument de la stérilité de l’argent. Il écrit également des manuels pour les confesseurs, des manuels de morale pratique, des ouvrages de théologie morale, de droit canonique et d’histoire. Savant canoniste, travailleur infatigable, surnommé « Antonin des Conseils », il meurt à 70 ans, la veille de l’Ascension, en récitant sa prière favorite : « Servir Dieu, c’est régner. » [14]

En médaillon, le Bx Bartholomeo de Bregance, dominicain et évêque à Chypre puis à Vicence en Italie. Il était un ami de saint Louis, qui est représenté ici en train de lui offrir un reliquaire contenant un morceau de la croix du Christ. Pour abriter ces reliques, il fera construire une église à Vicence.

Bx Bartholomeo de Vicence ou de Brégance

  • Né vers 1200
  • Décès le 1er juillet 1271
  • Béatifié en 1793
  • Fêté le 27 octobre

Il fait ses études à Padoue et reçoit l’habit des mains de saint Dominique. En 1233 il fonde à Parme la Milice de Jésus-Christ. En 1235 Grégoire IX le nomme maître du Sacré palais. Il fut évêque de Limassol (Chypre) en 1248. En 1254, il fut envoyé en mission diplomatique en Terre Sainte, au roi d’Angleterre et au roi de France S. Louis, dont il était très proche ; celui-ci lui offrit une épine de la sainte Couronne et un morceau de la Vraie Croix. Il fit construire pour ces reliques à Vicence l’église Sainte-Croix.

En 1256 Alexandre IV le nomme évêque de Vicence. Il eut des difficultés avec le tyran de Vicence, ennemi de la religion, mais ces difficultés manifestèrent la grandeur des qualités de ce pasteur, très estimé par les papes à cause de sa sainteté et de ses travaux apostoliques. Il a toujours été vénéré par le peuple.

Il a écrit des commentaires sur l’Écriture, sur la Hiérarchie du Pseudo-Denys l’Aréopagite, deux volumes de sermons etc.

6ème verrière : « Laissez venir à moi les petits enfants »

Ce vitrail réalisé en 2006 est inspiré de l’évangile de S. Marc 10, 13-15 :

On lui présentait des petits enfants pour qu’il les touchât, mais les disciples les rabrouèrent. Ce que voyant, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les petits enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu. En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant, n’y entrera pas. »

Le P. Danzas avait prévu à cet emplacement d’honorer trois saints dominicains, S. Louis Bertrand, S. Jean de Cologne, et S. Vincent Ferrier qui a prêché à Lyon le 6 septembre 1404, ainsi que deux mystiques dominicains béatifiés, les bienheureux Jacques de Mevania et Henri Suso. Les cartons de ces vitraux ont été dessinés par le P. Danzas, mais les vitraux n’ont jamais été réalisés.

A côté des fonts baptismaux, a été placée la statue de S. Jean-Baptiste réalisée initialement pour la chaire, de même que les statues des prophètes qui ornent aujourd’hui le porche de l’église à l’extérieur.